Dans une phase de tension extrême au Proche-Orient, l’Iran tend le bras vers ses adversaires régionaux préconisant le dialogue pour dépasser les crises qui mènent vers l’exacerbation menaçant les peuples de la région. Le président iranien Hassan Rohani plaide pour une résolution des crises au Moyen-Orient par le « dialogue » entre les différents acteurs régionaux, sans interférence des « puissances étrangères ».

En effet, l’histoire récente de la région démontre que les crises qui débouchent couramment sur des guerres destructrices et meurtrières sont toutes le résultat d’interférence des puissances notamment occidentales à leur tête les Etats-Unis. A l’occasion de l’inauguration d’un nouveau port à Chabahar, dans le sud-est du pays d’une grande importance stratégique pour l’Iran, le président Rohani a estimé que rien n’est plus important que le dialogue dans les rapports entre les nations. « Nous n’avons besoin ni d’armes, ni de l’intervention des puissances étrangères. Nous pouvons nous-mêmes, dans l’unité, l’égalité et la fraternité, régler les problèmes par le dialogue. » Rohani a tenu ces propos alors que les relations entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sont particulièrement tendues les deux Etats se regardant en chien de faïence. Le ton du côté de l’Arabie saoudite est d’autant plus agressif que Riyad accuse nommément l’Iran de velléités de « déstabilisation » des pays arabes, « d’interventionnisme » dans les affaires internes de certains pays et de « soutenir le terrorisme ». Un discours qui généralement est annonciateur de situations de guerre. Dans pratiquement tous les foyers de tension en cours actuellement dans la région, les deux Etats cultivent un antagonisme tendu : Syrie, Irak et Yémen, mais aussi Liban ou encore Bahreïn. « Certains pensaient que notre région était celle de la guerre, du conflit entre chiites et sunnites, la région de l’ingérence des puissances étrangères, mais nous nous sommes éloignés d’un pas de tout cela », a estimé Rohani.

Sunnite-chiite, un clivage inflammable
Le clivage sunnite-chiite a véritablement constitué un substrat inflammable durant les dernières années. Un générateur de tension qui semble convenir à certains acteurs de la région et d’ailleurs qui verraient d’un mauvais œil un éventuel rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite qui pourrait constituer alors une alliance économique mais aussi politique redoutable. Pour de nombreux observateurs, seul un accord entre les deux puissances régionales que sont l’Arabie Saoudite et l’Iran pourrait apaiser les tensions dans la région. Mais cette perspective semble bien lointaine.
L’Iran a annoncé fin novembre la victoire sur le groupe Daech en Irak et en Syrie, une annonce qui n’a pas été accueilli avec la même ferveur dans les pays du Golfe et dans les pays occidentaux pourtant confrontés directement au phénomène du terrorisme prôné par Daech. Téhéran a pris une part active au combat contre ce mouvement extrémiste aux ramifications troubles notamment au côté des gouvernements syrien et irakien. C’est justement cette évolution des deux conflits qui ne semble pas agréer certains acteurs qui avaient tablé sur d’autres scenarios. L’hostilité envers l’Iran semble encore tenace. Le président américain Donald Trump, qui a adopté une posture résolument agressive à l’égard de l’Iran menace même de revenir sur l’accord sur le nucléaire paraphé entre l’Iran et les cinq puissances en 2015. Le passage de Trump à Riyad n’aura pas, loin de là, aidé à la désescalade envers l’Iran, l’Arabie Saoudite continue à soutenir que Téhéran est « la principale menace » de la région allant jusqu’à considérer Israël comme un acteur régional ordinaire. La France de son coté qui trépigne d’impatience pour les marché iraniens campe toujours sur une posture anti-iranienne agressive se permettant des critiques sur « son programme balistique ». Dans une région du Moyen-Orient si compliquée beaucoup de calculs pourraient s’avérer vains. « Aucun pays ne peut prétendre être la puissance dominante de la région, Même les grandes puissances n’ont pu atteindre un tel objectif », a tenu à rappeler le président de l’Iran.