Les avocats de la défense se sont ingéniés, hier, deuxième jour du procès en appel de ladite «Madame Maya», à plaider l’innocence des accusés contre qui le représentant du Parquet général avait requis, tard dans la journée d’avant-hier, de lourdes peines allant de 10 à 15 ans de prison ferme.

Les plus lourdes peines ont été requises contre les accusés principaux : 15 ans pour Mme Maya et les anciens ministres, Mohamed El Ghazi et Abdelghani Zaalane, poursuivis pour leur implication alors qu’ils étaient walis, alors qu’une peine de 12 ans a été prononcée contre Abdelghani Hamel.
Cette affaire, en plus d’avoir impliqué également les enfants des accusés, aura par ailleurs révélé l’ampleur de la déliquescence de la gestion des affaires publiques notamment en matière d’attribution de terrains et de validation des projets qui ne prennent pas les voies légales. «Je n’ai fait qu’appliquer les instructions du président Bouteflika, rien de plus», a répondu El Ghazi, affaibli, aux interrogations du juge, ajoutant que «lorsque j’étais wali à Chlef, le conseiller de Bouteflika m’a appelé pour me dire qu’il allait m’envoyer une dame recommandée par le président de la République».
Durant tout ce temps, «j’ai agi avec elle en qualité de fille de Bouteflika, jusqu’à ce que j’apprenne qui elle était réellement. J’ai eu peur d’en parler et de fâcher le Président», a-t-il avoué, témoignant «avoir présenté Abdelghani Hamel à Mme Maya, et à la demande de cette dernière, en qualité de fille de Bouteflika».
Dans cette affaire, il y a Imène et Farah (en liberté), ainsi que Abdelghani Zaalane, Mohamed Ghazi et son fils Chafik, poursuivis respectivement en qualités d’ex-walis d’Oran et de Chlef, et l’ancien Directeur général de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel. Les griefs retenus sont notamment «blanchiment d’argent», «trafic d’influence», «octroi d’indus avantages», «dilapidation de deniers publics», «incitation d’agents publics pour l’octroi d’indus avantages» et «transfert illicite de devises vers l’étranger».
Des peines de 10 ans de prison ferme assorties d’une amende de 6 millions de dinars ont été requises contre les deux filles de Mme Maya.
Une peine de 12 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars a été requise contre l’ancien Directeur général de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel. Des peines allant de 5 à 12 ans de prison ferme ont été requises contre les cinq autres accusés, dont Chafik Ghazi, le fils de Mohamed Ghazi, et l’ancien député à la retraite, Omar Yahiaoui (en fuite à l’étranger).
A propos de sa relation avec l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika, l’accusée principale Zoulikha-Chafika a évoqué une «étroite relation entre son défunt père, moudjahid, et Bouteflika avant qu’il ne devienne président». «Mon père a fait la Révolution. Il connaissait Bouteflika et c’est à travers lui que je l’ai connu à mon tour. Il n’y a aucun lien de parenté entre nous», a-t-elle répondu au juge.
L’accusée principale dans cette affaire a avoué que «les facilitations dont elle avait bénéficié pour la réalisation des projets d’investissement avaient été accordées suite à l’intervention de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika et de son secrétaire personnel, Mohamed Rakab», présent en tant que témoin. Elle a admis, dans ce sens, qu’elle avait «un contact direct avec l’ancien président Bouteflika, mais a démenti s’être présentée en tant que fille du président».
Mohamed Rakab a déclaré, quant à lui, que l’accusée «avait été reçue par l’ancien président en personne une seule fois au siège de la présidence de la République en 2004», expliquant qu’il «avait été chargé par le président lui-même de la présenter à l’ancien wali de Chlef, Mohamed Ghazi, en tant que «Mme Maya» pour les travaux de réhabilitation du parc de loisirs à Oum Drou à Chlef». <