Par Bouzid Chalabi
A l’instar de la filiale Algérie Ferries, qui attend avec impatience le feu vert pour reprendre du service, l’Entreprise du métro d’Alger (EMA) est aussi dans l’attente d’une reprise d’activité après 17 mois de mise à l’arrêt. Mais, aujourd’hui, tous les arguments avancés pour justifier cet arrêt prolongé ne passent plus auprès des usagers et des employés de l’EMA, inquiets pour leur avenir professionnel.
Officiellement cet arrêt prolongé – depuis le 22 mars 2020 – des services du métro d’Alger est motivé par l’impératif de lutter contre la propagation de la Covid-19. En janvier dernier, le Directeur général de l’EMA, Ali Arezki, indiquait aux médias que la date de reprise de la circulation des rames n’était pas encore fixée et que la décision revenait aux pouvoirs publics. Non sans faire savoir que son entreprise a élaboré un plan de reprise et n’attendait plus que le feu vert.
A propos de ce plan, le Directeur général a que le plan comprenait notamment la mise en place d’un protocole sanitaire et d’un programme d’exploitation devant prévenir toute congestion dans les rames. Depuis ces déclarations, c’est silence radio autour de la question du retour des services du métro de la capitale. Or, les usagers, notamment ce grand nombre de personnes tributaires de ce moyen de transport moderne, car rapide et sûr pour sa ponctualité, ne comprennent pas la fermeture prolongée du métro, alors que d’autres moyens de transport ont déjà repris leurs activités dans le sillage de l’allègement des mesures de confinement. Comme c’est le cas du tramway d’Alger, de la SNTF et du transport aérien, assuré par Air Algérie, après la réouverture partielle des frontières le 1er juin et presque totale depuis le mois d’août dernier.
Nul doute que l’explication de l’interruption prolongée du métro d’Alger, moyen de transport essentiel pour la mobilité dans la capitale, se trouve ailleurs, notamment depuis que sa gestion a changé de main. A ce propos, il convient de savoir que la gestion était assurée depuis l’entrée en service du métro, en 2011, par la RATP El Djazaïr, appartenant au groupe français RATP, mais depuis le 1er novembre 2020 son exploitation a été confiée à une entreprise algérienne. Quelques semaines avant ce changement de gestionnaire, les quelque 1 000 salariés se disaient inquiets quant à leur sort. L’EMA les avait alors assurés que des dispositions étaient prises pour les reverser dans la nouvelle société. Laquelle jusqu’ici n’a pas été officiellement installée, croit-on savoir. A cet effet, il ne serait pas trop prématuré de déduire que les pouvoirs publics peinent à trouver l’équipe dirigeante pour gérer et exploiter le métro d’Alger, après la fin du contrat de la RATP El Djazaïr. Et pourtant, faut-il le rappeler, le gouvernement de l’époque avait indiqué par la voix du ministre des Transports en poste, Lazhar Hani, que le transfert du savoir-faire dans les différents métiers liés à l’exploitation et à la maintenance du métro et des tramways a été mené à son terme durant les neuf années pendant lesquelles la RATP a géré et exploité le métro d’Alger.
A partir de tous ces éléments une question s’impose : quelle est la véritable raison de cet arrêt prolongé des services du métro d’Alger ? Dans l’attente d’un argument solide des pouvoirs publics, les pertes de l’EMA pour cause d’inactivité se chiffrent par milliards de dinars. Dans ce sillage, on avance le montant de 15 milliards de dinars et peut-être plus, quand on sait que le système d’exploitation du métro de la capitale nécessite une maintenance sans faille et surtout régulière même lorsqu’il est à l’arrêt.
Rappelons enfin qu’avant la pandémie de la Covid, le métro d’Alger, qui dispose de 19 stations, a accueilli 45,3 millions de passagers en 2019. C’est dire l’importance de ce moyen de transport dans les besoins de déplacement de milliers de gens de la capitale.
Notons que nos tentatives de joindre directement l’EMA, qui se sont étalées sur plusieurs semaines, afin de tenter d’en savoir un peu plus sur la question du prolongement de l’arrêt des services métro, ont toutes été vaines. Un silence radio qui alimente la rumeur sur le changement de gestionnaire. n