Par Feriel Nourine
Face à un marché pétrolier en train d’enregistrer une montée spectaculaire des prix depuis plusieurs mois, les organismes œuvrant pour les pays gros consommateurs de brut continuent de produire des analyses qui attribuent cette situation à l’Opep+ et son refus d’ouvrir grand ses vannes. La pression est donc maintenue sur l’alliance dans un scénario qui n’en finit pas de mettre en confrontation consommateurs et producteurs.
C’est, en tous les cas, ce que semble bien vouloir démontrer le nouveau rapport mensuel de l’Agence américaine de l’énergie (AIE) qui a revu à la hausse son estimation de la demande mondiale en 2022. Celle-ci va fortement augmenter pour atteindre 99,7 millions de barils par jour cette année, soit des niveaux d’avant-Covid, note l’AIE, constatant, à son tour, que «le nombre de cas de Covid explose au niveau mondial, mais que «les mesures prises par les gouvernements pour contenir le virus sont moins sévères que lors des vagues précédentes et leurs effets sur l’activité économique et la demande pétrolière restent relativement contenus».
Mais l’AIE ne s’arrête pas à ce constat. Elle souligne l’existence de problèmes et limitations de production chez certains membres de l’Opep+. Et «si la demande continue d’augmenter fortement ou si l’offre déçoit, le faible niveau des stocks et le rétrécissement des capacités de réserve (de production) signifient que les marchés pétroliers pourraient vivre une nouvelle année de volatilité en 2022», prévient l’agence américaine dans son rapport, en guise d’une nouvelle interpellation de l’alliance pour augmenter son offre de sorte à pallier au déficit de l’offre qui est en train de booster les prix, mais aussi pour livrer au marché des volumes qui satisfassent une demande rebondissante.
Pour sa part, l’alliance regroupant l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés ne semble pas près d’abandonner la démarche prudentielle adoptée pour assouplir son programme de réduction. En témoigne le dernier rapport de l’Opep, publié mardi, qui évoque «des incertitudes concernant de nouveaux variants ou de nouvelles restrictions de la mobilité», même si «l’impact du variant Omicron devrait être léger et de courte durée».
Côté marché, les cours de l’or noir poursuivaient, hier, leur forte montée et les deux références européenne et américaine ont encore amélioré leurs gains de la veille, tirant profit de la forte demande et des risques géopolitiques qui régulent les séances ces derniers jours. Après avoir atteint, mardi, ses plus hauts depuis plus de sept années, le Brent de la mer du Nord pour livraison en mars est resté dans ce record hier, mais en grimpant encore plus pour atteindre 89,05 dollars tôt le matin, avant de revenir à 88,48 vers 15H. De son côté, le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en février gagnait 1,49% à 86,23 dollars. Il a grimpé jusqu’à 87,08 dollars en séance, son plus haut depuis octobre 2014.
Alors qu’il y a quelques petites semaines, le marché pétrolier faisait face aux risques d’une forte chute de la demande, suite à l’apparition d’Omicron, ces risques sont aujourd’hui dissipés après que le nouveau variant de Covid-19 a montré ses limites à provoquer pareil scénario. Bien au contraire, c’est l’offre qui est en train de rétrécir ces dernières semaines, notamment ces derniers jours, avec les interruptions de production en Libye, au Nigeria, en Angola, en Equateur et, plus récemment, au Canada en raison du froid extrême. A ces facteurs s’ajoutent les tensions géopolitiques et ce, dans plusieurs zones du globe en même temps, du Golfe à l’Ukraine.
Après l’attaque perpétrée lundi par des rebelles yéménites Houthis contre des installations civiles aux Emirats arabes unis, faisant trois morts, c’est une explosion qui a endommagé mardi un oléoduc reliant Kirkouk (Irak) à Ceyhan (Turquie) et par lequel transitent quelque 450 000 barils de brut par jour, coupant ainsi l’acheminement en provenance d’Irak.