L’Arabie saoudite réitère son attachement à l’Opep+ et à la démarche que fait sienne l’alliance vis-à-vis du marché pétrolier. Face aux appels qui lui sont lancés, ces dernières semaines, par les pays occidentaux pour relever sa production et alléger les perturbations du marché provoquées par la guerre en Ukraine, le premier exportateur mondial de brut maintient inchangée sa position et rappelle qu’il adhère pleinement au code de conduite de l’Opep+.

Par Feriel Nourine
Une position qui s’explique par le statut de chef de file des pays du cartel dont jouit Ryad au sein de l’alliance, par le rôle d’artisan, aux côtés de la Russie, de l’accord de réduction mis en place en avril 2020 pour stopper l’effondrement des prix du cours qu’avait engendré la pandémie de la Covid-19. Et c’est le ministre saoudien de l’Energie, Abdulaziz ben Salmane, qui s’est chargé de mettre en évidence le rôle de l’Opep dans la stabilité du marché de l’or noir, même si les pays gros consommateurs ne s’arrêtent pas de demander plus de brut de la part des 23 pays qui la composent, à savoir les 13 membres de l’Opep et leurs 10 partenaires non-membres emmenés par la Russie.
«Si l’Opep+ n’existait pas, nous ne pourrions pas avoir de stabilité sur le marché de l’énergie (…), la volatilité des prix serait encore pire», a déclaré, hier, le ministre saoudien lors du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, en guise de réponse à ceux qui accusent l’alliance de participer à la hausse des prix en refusant de mettre plus de pétrole sur le marché. Aux multiples manœuvres des responsables américains et européens, qui tentent d’attirer l’Opep sur le terrain de la guerre en Ukraine pour écarter la Russie de l’Opep+, l’intervenant a défendu la «culture apolitique» de l’organisation. «Lorsqu’on entre dans la salle de réunion ou dans le bâtiment de l’Opep, on laisse nos opinions politiques à la porte», a-t-il déclaré. Pour sa part, le ministre de l’Energie des Emirats arabes unis, Suhail al-Mazrouei, a appelé les pays occidentaux à lui faire «confiance», plutôt que de lui dire de «faire ceci ou cela». «Nous avons besoin qu’ils comprennent que ce que nous faisons est dans l’intérêt des consommateurs», a-t-il ajouté, en soulignant que le départ d’un pays membre de l’alliance, à savoir la Russie, deuxième exportateur mondial, déstabiliserait le marché.
Le ministre émirati inscrit son intervention d’hier dans le même esprit du discours qu’il avait développé la veille en défendant la cohésion de l’Opep+. Celle-ci «est là pour rester», avait-il déclaré en appelant les Occidentaux à être «plus raisonnables». M. Mazrouei, dont le pays est un important producteur de l’Opep, a affirmé que les pays du Golfe étaient décidés à ne pas laisser «la politique» miner l’organisation. «A moins que quelqu’un ne soit prêt à fournir 10 millions de barils par jour, on ne peut pas remplacer les Russes» sur le marché, a-t-il poursuivi.
«Lors de la COP 26 (sur le climat), tous les pays producteurs se sont sentis indésirables. Aujourd’hui, parce qu’ils veulent qu’on augmente notre production, on est à nouveau des supers héros. Mais ça ne marche pas comme ça», avait-il aussi renchérit. La position commune exprimée par les deux pays du Golfe à l’égard de l’Opep+ intervient, faut-il le souligner, à la veille de la réunion mensuelle des ministres de l’alliance, prévue demain. Les déclarations faites par les ministres de ces deux pays, très courtisés par les Occidentaux pour augmenter leur production, constituent sans doute un message de deux poids-lourds de l’Opep sur la décision qui sera prise lors des retrouvailles de 23 pays membres de l’alliance. Sauf grosse surprise, ces derniers n’affichent aucune intention de rompre avec la prudence qui est la leur depuis des mois et, partant, l’augmentation pour le mois de mai devrait reconduire les 400 000 barils par jour en vigueur depuis août 2021. <