La situation épidémique liée à la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19) se dégrade avec un nombre de malades croissant dans les hôpitaux dans plusieurs wilayas du pays. Des malades infectés par le variant Delta que rejoindront, selon toute vraisemblance, d’autres touchés par le variant Omicron puisque de nouveaux cas ont été annoncés en Algérie, au lendemain des nouvelles dispositions prises par le gouvernement, dont la mesure phare est l’obligation de présenter le pass vaccinal pour l’accès à de nombreux lieux publics.

PAR INES DALI
Il s’agit, cette fois-ci, de deux ressortissants algériens, en provenance de France et du Royaume-Uni, qui ont été testés positifs au variant du coronavirus Omicron. Ces deux cas ont été confirmés par séquençage au niveau du laboratoire de référence de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) sur tests PCR positifs des concernés, a indiqué l’IPA dimanche soir dans un communiqué, précisant que le pays enregistre, désormais, quatre cas confirmés du variant Omicron à la date du 26 décembre 2021.
Considérant la rapidité de la propagation du nouveau variant qualifiée d’«inédite» par les scientifiques, le risque de voir une multiplication des cas prochainement dans le pays est une probabilité qui ne peut être exclue. Mais pour l’heure, ce qui inquiète le plus les professionnels de la santé, c’est le variant Delta vu qu’il est à l’origine du nombre de malades hospitalisés qui grossit chaque jour. Ainsi, malgré la détection des premiers cas d’Omicron en Algérie, un variant plus contagieux, «le premier danger reste toujours le Delta, un variant très meurtrier», a déclaré, hier, le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie et chef de service du laboratoire central à l’hôpital de Rouiba.
Le pic de cette quatrième vague que vit le pays est attendu pour le mois prochain, au début ou à la mi-janvier selon les spécialistes, mais le plus important n’est pas une question de statistique seulement, mais de faire en sorte que cela se passe avec le moins de dégâts possible en veillant, par-dessus tout, à préserver la vie des malades. «On s’attend à une vague de contaminations sans précédent en janvier», a estimé le Pr Djenouhat, lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale, avant de signaler que «nous sommes en pleine phase ascendante du Delta, ce qui va être accentué par l’arrivée de Omicron, considéré comme le variant le plus contagieux parmi tous les virus respiratoires».

Alger et Béjaia en tête
Le variant Delta, à lui seul, risque de saturer les structures hospitalières. «On compte actuellement plus de 3600 malades répartis entre les hospitalisations et les réanimations à travers le territoire national. 38 patients se trouvent en soins intensifs», a fait savoir, hier, hôpitaux le Pr Lyès Rahal, directeur des services de santé au ministère de la Santé et membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, faisant remarquer que les hospitalisations sont en hausse et que la capitale, à elle seule, compte déjà 600 hospitalisés.
Béjaïa est un autre exemple du nombre important de malades occupant un lit dans un hôpital pour cause de Covid-19. La Direction de la santé et de la population (DSP) a publié, hier, un bilan détaillé faisant état de 312 hospitalisés au niveau de la wilaya. Le plus grand nombre de malades se trouve à l’EPH d’Amizour avec 71 cas, suivi par le CHU Khellil-Amrane avec 67 cas et l’EPH d’Akbou avec 47 cas. Quant au nombre de décès, la wilaya a déploré pas moins de 10 morts durant les dernières 48 heures (soit pour les journées de samedi et dimanche), en plus de 16 patients en réanimation 16 et 8 autres intubés.
Le constat est qu’Alger et Béjaïa restent en tête des wilayas ayant enregistré le plus grand nombre d’hospitalisations. En date du 19 décembre, elles étaient classées première et deuxième avec respectivement 413 malades hospitalisés et 332. Viennent ensuite dans l’ordre décroissant les wilayas de Tizi Ouzou avec 273 hospitalisations, Oran (236) et Jijel (225).
A l’échelle nationale, alors que le pays comptait 2800 patients hospitalisés le 13 décembre, ce nombre a augmenté à plus de 3300 le 21 décembre avant de passer à plus de 3600 le 27 du même mois. C’est dire que le nombre de contaminations connait une ascension qui confirme chaque jour un peu plus l’inquiétude des professionnels de la santé, car il ne faut pas occulter que le nombre réel des cas confirmés dépasse largement celui annoncé officiellement, ce dernier ne répertoriant que les cas positifs détectés par test RT/PCR.
L’instauration du pass vaccinal pour l’accès à un grand nombre de lieux publics vient, ainsi, pour limiter la transmission du Covid-19. Le Pr Djenouhat a salué cette mesure. «Heureusement que le pass sanitaire a été instauré. Ce n’est qu’un moyen d’empêcher la propagation du virus et je pense qu’il faut le généraliser dans tous les espaces fermés. Ça doit être une obligation» a-t-il dit, avant de revenir sur l’Omicron à propos duquel il a déclaré qu’il se propage «bien plus dans les espaces fermés».
Il a déploré, par ailleurs, qu’il n’y ait qu’il n’y ait pas suffisamment de laboratoires pour le séquençage des variants. «A ce jour, seul le laboratoire de l’IPA peut effectuer le séquençage pour identifier le type de variant. C’est désolant», a-t-il regretté. «Il faut agir rapidement pour généraliser ces opérations, car cela nous épargnera de transmettre un prélèvement d’un citoyen qui habite à Tamanrasset pour faire le séquençage à Alger», a-t-il souligné.

Péremption des doses de vaccins d’ici mars
Le faible taux de vaccination est un autre chapitre sur lequel il s’est exprimé, appelant la population à aller recevoir l’anti-Covid-19, surtout que l’Omicron est présent dans le pays, citant l’exemple de l’Afrique du Sud où la grande majorité de la population a été contaminée par le nouveau variant qui continue de se propager à une vitesse vertigineuse dans les autres pays du monde.
«Par rapport aux 5 ou 6 millions qui n’ont reçu qu’une seule dose de vaccin, je lance un appel à compléter leur calendrier vaccinal et à aller la deuxième dose qui leur procurera une protection 15 jours après son injection», a-t-il encore recommandé, faisant savoir par la même occasion que la période d’attente entre la 2e et 3e dose a été réduite à 4 mois.
Le Pr Lyès Rahal a révélé que «l’Algérie compte actuellement 13 millions de vaccinés», avant d’appeler, également, à la vaccination, notant que la réticence de la population va conduire à la perte de doses de vaccins – sans en préciser le nombre – en mars prochain en raison de leur péremption.
Le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, s’est exprimé, hier, sur la prise en charge des malades Covid. Il est revenu sur la mise en place d’hôpitaux dédiés, indiquant que l’opération est en cours. «Nous ne pouvons pas garder tous les hôpitaux Covid car cela contribuera à une plus grande propagation du virus», a-t-il dit devant la Commission parlementaire de la santé. A Alger, 5 hôpitaux dédiés sont aux malades Covid, rappelle-t-on. Il s’agit des EPH d’Aïn Taya, de Kouba et Abderrahmani, ainsi que de l’hôpital El-Kettar et l’EHS Azur Plage.