Prédominant à hauteur de 99% dans les contaminations à la Covid-19, en Algérie, le variant Delta l’est autant à l’échelle planétaire. C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui en fait le constat. Le variant «préoccupant» Delta est présent dans 185 pays, a-t-elle indiqué mardi, ajoutant qu’il a largement pris la place des trois autres variants «préoccupants», Alpha, Bêta et Gamma, qui représentent désormais moins de 1% des cas séquencés.

Synthèse PAR INES DALI
Dans cette lutte contre la pandémie de Covid-19, environ 6 milliards de doses de vaccins ont été injectées à travers le monde, mais avec des inégalités entre pays riches et pays à faible revenu, en raison du «nationalisme vaccinal» dont ont fait preuve les premiers, allant jusqu’à entraver le déroulement des opérations du système onusien Covax, qui devait fournir aux seconds des doses de vaccins.
Le système Covax a été mis en place justement pour garantir des doses aux pays à revenu
intermédiaire et à revenu faible, mais ce fut une véritable bataille pendant de longs mois avant qu’il ne puisse répondre – en partie – à ses engagements envers les pays pauvres, notamment africains. L’Afrique est le continent où le taux de vaccination est le plus bas à travers le monde.
Environ 2% des près de 6 milliards de doses administrées à l’échelle planétaire l’ont été en Afrique, selon l’OMS. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont vacciné plus de 60% de leurs populations et les pays à revenu élevé ont administré 48 fois plus de doses par personne que les pays à faible revenu. «Les interdictions d’exportation et l’accumulation de vaccins entravent l’approvisionnement de l’Afrique en vaccins. Tant que les pays riches s’emploient à écarter le Covax du marché, l’Afrique ne pourra pas atteindre ses objectifs de vaccination. Les immenses disparités en matière d’équité d’accès aux vaccins sont loin d’être comblées aussi rapidement qu’il le faut. Il est temps que les pays producteurs de vaccins passent à l’action et aident à protéger les personnes les plus vulnérables», a déclaré jeudi dernier la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Dr Matshidiso Moeti. L’apparition du variant Delta complique encore plus la situation pour tout le monde. A la fin de 2020, la survenue des variants, qui présentaient un risque accru pour la santé publique mondiale, a conduit l’OMS à caractériser des variants «à suivre» et d’autres comme «préoccupants», afin de hiérarchiser les activités de surveillance et de recherche au niveau mondial.
«Le virus prédominant qui circule actuellement est le variant Delta. Et en fait, moins de 1% des séquences actuellement disponibles sont (les variants préoccupants) Alpha, Bêta et Gamma», a déclaré la directrice de l’équipe technique Covid-19 à l’OMS, Maria Van Kerkhove, lors d’une séance de questions/réponses sur les réseaux sociaux.
«Ce virus est devenu plus fort, il est plus transmissible et il est en train de concurrencer, de remplacer les autres virus qui circulent», a-t-elle ajouté, en précisant qu’il avait été signalé dans 185 pays. L’OMS a décidé de nommer les variants «à suivre» ou «préoccupants» à l’aide de lettres de l’alphabet grec, afin d’éviter toute stigmatisation d’un pays en particulier et de permettre au grand public de prononcer les noms plus facilement. Actuellement, l’OMS considère que quatre variants sont «préoccupants». Elle considérait, par ailleurs, jusqu’à présent que quatre autres variants (Thêta, Iota, Kappa et Lambda) étaient «à suivre». Mais trois d’entre eux (Thêta, Iota, Kappa) viennent d’être déclassés, a annoncé Mme Van Kerkhove.

Disparité vaccinale dans le monde
Plus de six milliards de doses de vaccins contre la Covid ont été administrées dans le monde, selon un décompte réalisé hier par l’AFP à partir de sources officielles, dont seulement 2% en Afrique. La vaccination dans le monde progresse sur un rythme régulier depuis trois mois : le palier de 6 milliard de doses injectées a été atteint en 29 jours, dans la foulée du 4e et du 5e milliard atteints respectivement en 30 et 26 jours.
Au lancement des premières campagnes de vaccination, le premier milliard de doses n’avait lui été atteint qu’en environ 140 jours.
Avec 2,18 milliards d’injections, la Chine concentre près de 4 doses sur 10 administrées dans le monde. L’Inde (826,5 millions) et les Etats-Unis (386,8 millions) complètent le podium en valeur absolue.
Mais rapporté à la population, et parmi les pays de plus d’un million d’habitants, ce sont les Emirats arabes unis qui sont champions de la vaccination : ils ont administré 198 doses pour 100 habitants et plus de 81% de leur population est complètement vaccinée. Suivent dans le peloton de tête l’Uruguay (175 doses pour 100 habitants), Israël (171), Cuba (163), le Qatar (162) ou encore le Portugal (154). La plupart de ces pays ont complètement vacciné une large majorité de leur population. Certains, comme les Emirats, Israël et l’Uruguay ont même commencé à administrer une troisième dose par personne, dans le but de prolonger l’immunisation des personnes complètement vaccinées.
La France n’est pas très loin, avec 139 doses injectées pour 100 habitants et 70,8% de sa population ayant reçu deux doses. La plupart des pays pauvres ont eux aussi commencé à vacciner, principalement grâce au mécanisme Covax, mais cela reste très inégalitaire. Les pays à «revenu élevé» ont administré en moyenne 124 doses pour 100 habitants, les pays à «faible revenu» seulement 4. Les pays pauvres restent «le parent pauvre» de la vaccination.