Les indicateurs de la pandémie de Covid-19 en Algérie laissent entrevoir un accroissement des cas confirmés. Depuis quelques jours, les nouvelles contaminations se maintiennent au-dessus de la barre de cent cas par jour, faisant craindre sérieusement la survenue d’une quatrième vague que les professionnels de la santé ont fini par qualifier d’«inévitable».

PAR INES DALI
La stabilité des indicateurs apparait de plus en plus précaire si l’on considère la hausse révélée dans les bilans quotidiens du ministère de la Santé. Les contaminations ont commencé à augmenter depuis la fin d’octobre dernier pour dépasser la centaine le 29 du même mois. A partir de cette date, elles ont continué à grimper jusqu’à atteindre 140 cas vendredi dernier.
Même si entretemps il y a eu une évolution parfois en dents de scie, que ce soit pour les cas confirmés ou les décès, le constat est que la tendance semble se diriger résolument vers le haut. C’est le même scénario que l’année dernière à la même période qui a tout l’air de se reproduire. Après l’accalmie de la situation épidémiologique qui s’est installée depuis septembre, renforçant la stabilité de la pandémie au fil des jours, les cas positifs et les décès repartent à la hausse, doucement, mais sûrement.
Selon les professionnels de la santé, il est démontré que le virus a une «évolution cyclique», et il s’agit maintenant, disent-ils, d’un nouveau cycle de la recrudescence de la pandémie après le cycle de l’accalmie. Le cas notamment de l’Europe est donné comme exemple pour sensibiliser quant à une recrudescence en Algérie, puisque la vague qui arrive dans le pays est, à chaque fois, précédée par une vague en Europe. Il en fut ainsi à chaque nouveau cycle.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué que près de 2 millions de cas du nouveau coronavirus ont été enregistrés la semaine dernière en Europe, faisant à nouveau du continent l’épicentre de la pandémie. C’est «le plus grand nombre de cas enregistrés en une seule semaine dans la région depuis le début de la pandémie», a déclaré le directeur de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le nouveau cycle de la pandémie est en pleine activité et il s’agit d’éviter que la situation ne se corse en Algérie, puisque tous les indicateurs sont là pour alerter quant à la prochaine vague.
Les autorités sanitaires ont anticipé sur cette inquiétante quatrième vague qui déferlerait sur l’Algérie pour ne pas être pris de court, notamment concernant l’oxygène médical qui avait cruellement manqué lors de la troisième vague où la consommation avait largement dépassé l’offre du marché national, à tel point qu’il a fallu recourir à son importation, outre l’augmentation de la capacité des unités de production existantes et l’entrée en lice de nouvelles unités qui ont commencé à le produire. La vaccination avait également redémarré avant qu’elle ne soit en berne, la population étant rassurée, par la suite, par la baisse des cas. Etre arrivé à quelque 20.000 vaccinés par jour actuellement, alors que le pic des contaminations de l’été a fait en sorte que les vaccinés aient atteint plus de 250.000 par jour a de quoi inquiéter, selon les spécialistes, qui n’ont ménagé aucun effort pour sensibiliser que «c’est en temps d’accalmie qu’il faut se faire administrer les anti-Covid-19 et non en pleine période de rebond», surtout qu’il s’agit de la période où le virus de la grippe saisonnière fait, lui aussi, son apparition et risque de compliquer encore plus la situation.
«Pourquoi attendre que les cas augmentent et pourquoi attendre d’avoir peur pour aller se faire vacciner ?». C’est la question qu’a posée le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, à l’adresse de la population, tout en lançant un énième appel à aller recevoir son anti-Covid-19 avant que la situation ne devienne, peut-être, incontrôlable, surtout avec le «très faible taux de vaccination» que connait le pays malgré la disponibilité de 13 millions de doses de différents vaccins, qui risquent par ailleurs d’être périmés.

OMS : «Une personne non vaccinée a 32 fois plus de risques de mourir»
Pour le ministre de la Santé, s’il y a encore des gens qui doutent de la vaccination anti-Covid-19, ils peuvent se documenter sur la question et voir aussi que d’autres pays sont très avancés en la matière. Il n’omet pas de rappeler que la vaccination existe pour différents virus et pas seulement pour le Covid-19, notant que les gens qui voyagent dans d’autres pays africains se sont toujours vaccinés, et ceux qui se déplacent actuellement en Europe se vaccinent contre le nouveau coronavirus. «Ces pays ont-ils tort de demander d’être vaccinés pour entrer chez eux ? Faut-il attendre d’être dans l’obligation pour le faire ? Va-t-on alors aller vers l’obligation du vaccin pour entrer dans certains lieux ?». Ce sont autant de questions soulevées par le Pr Benbouzid, qui a relevé, par la même occasion, que «le pass sanitaire est prêt» mais que «la décision ne relève pas du seul ministère de la Santé car elle englobe d’autres départements». Il explique ne pas souhaiter qu’on en arrive au pass sanitaire si la situation s’améliore mais qu’on ne doit pas attendre que la situation «se détériore» pour aller se faire vacciner.
L’importance de la vaccination vient d’être démontrée dans une récente étude britannique. Cette étude a révélé qu’«une personne non vaccinée avait 32 fois plus de risques de mourir qu’une personne vaccinée». C’est ce qu’a indiqué Michael Ryan, directeur du Programme d’urgence sanitaire de l’OMS, qui a souligné que «dans les pays ayant une couverture vaccinale élevée, l’augmentation des cas ne se traduira pas par une forte hausse des hospitalisations et des décès». L’Algérie n’est pas dans ce schéma, la couverture vaccinale étant faible jusqu’à présent. Le ministre a réitéré, par ailleurs, son appel à la 3e dose pour les vaccinés de plus de six mois. C’est ce qui se fait «mondialement car la durée exacte de l’immunité procurée par ces vaccins n’est pas encore bien définie», les anticoronavirus étant relativement nouveaux et il faut plus de temps pour connaitre cette donnée avec précision.
Le Pr Benbouzid a également saisi l’occasion pour rendre hommage à ses confrères qui sensibilisent sur la vaccination, à travers tous les médias, et estime qu’après près de deux ans de l’apparition du nouveau coronavirus «tout le monde connait» c’est quoi le Covid et comment doit-on lutter contre, et déplorant qu’il y en ait qui disent qu’il n’y pas suffisamment de sensibilisation. «On n’arrête pas de sensibiliser et tous mes collègues sont sur tous les plateaux, etc.», a-t-il rétorqué. n