Plus de dix jours après l’engagement public du ministre de la Santé pour le versement de la prime Covid au plus tard le
7 avril dernier, suite aux instructions qu’il a données aux directeurs d’établissement de santé à l’effet de procéder au versement de la sixième prime Covid aux bénéficiaires, elle n’est toujours pas versée dans l’ensemble des établissements.

Par Sihem Bounabi
Un retard qui exaspère les professionnels de la santé, d’autant plus que techniquement parlant, lors de ce mois de Ramadan, c’est la 9e tranche de la prime Covid qui aurait dû être versée. Dans les faits, en plus de la 6e tranche, qui n’est toujours pas versée alors que le ministre de la Santé avait assuré que le dernier délai était prévu il y a plus de dix jours, toutes les procédures administratives ayant été finalisées, les 7e, 8e et 9e tranches de la prime Covid sont également en retard. Au total près d’une année de retard pour le versement de la prime Covid pour une grande partie des personnels de santé qui étaient aux premiers rangs de la lutte contre la pandémie.
Dr Mohamed Yousfi avait déclaré, dans un entretien accordé à Reporters, que «le ministre de la Santé s’était engagé à prendre en charge le dossier Covid au mois de décembre passé. Quatre mois après, nous n’avons toujours pas de retour et nous constatons un retard dans le versement de la prime Covid».
Tout en déclarant que «les blouses blanches n’ont fait que leur devoir quotidien en affrontant cette pandémie. Nous prenons acte de cette reconnaissance des pouvoirs publics, mais, encore une fois, les décisions du président de la République ne sont toujours pas appliquées en dehors de la prime Covid, ce que nous avons dénoncé maintes fois». En effet, en plus du cumul du retard dans le versement de la prime Covid, la deuxième partie des décisions du président de la République, annoncées il y a déjà deux ans, ne sont toujours pas concrétisées sur le terrain. Il s’agit de l’assurance globale, la bonification de la retraite et le versement du capital décès aux familles endeuillées. Concernant les raisons qui peuvent expliquer le retard du versement de la prime Covid, le docteur Mohamed Yousfi, explique que cette prime est une dérogation et n’est pas dans le budget des hôpitaux. «Il faut une dérogation de la direction des finances pour que les établissements puissent payer cette prime et, ensuite, ce budget doit être validé par le conseil d’administration. C’est en fonction des établissements et des wilayas».
Pour rappel, dès les premiers retards enregistrés de la prime Covid, les syndicats avait appelé à l’inclure dans la prime de contagion, afin de contourner les lourdeurs administratives qui sont à l’origine du retard de la prime décidée par le président de République en reconnaissance aux efforts déployés par les professionnels de la santé.
Les syndicats avaient expliqué que même si le ministre de la Santé donne des instructions et que les enveloppes financières sont établies par le ministère des Finances, il faut une dérogation des services du Premier ministère.
Une fois que cette procédure est accomplie, il faut attendre les instructions de la direction du budget du ministère des Finances qui doit instruire les inspections de wilaya, puis les inspections régionales pour que les primes soient enfin versées aux professionnels de la santé.

Dialogue rompu, Benbouzid veut rassurer
Par conséquent, le versement de cette prime est toujours conditionné par l’aval du Premier ministère et les autorisations du ministère des Finances, d’où la multiplication des retards observés qui exaspère les professionnels de la santé qui sont déjà laminés par la lutte contre le coronavirus. Face à cette lourdeur bureaucratique, les syndicats ont, à maintes reprises, affirmé que ce qui permettrait d’alléger le poids de cette procédure administrative, qui implique plusieurs ministères, le plus simple serait de l’inclure dans la prime risque de contagion afin qu’elle puisse être classée dans la nomenclature budgétaire des établissements de santé.
Pour rappel, au fil des mois et des retards de versement de la prime Covid, des journées de protestation avaient été organisées à maintes reprises pour dénoncer le non-versement des primes Covid. Avec ce énième retard, malgré l’engagement du ministre de la Santé et dans un contexte marqué par l’effervescence des revendications socioprofessionnelles, il y a fort à parier qu’il suffira d’une étincelle pour que les mouvements de protestation s’embrasent à nouveau dans le secteur de la santé.
Dimanche, à l’occasion de la tenue d’une réunion avec les directeurs de la Santé de wilayas, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a salué le «rôle majeur» que joue le partenaire social, en le qualifiant de «maillon important» dans la construction et le développement du système de santé. Il a insisté aussi sur l’importance de l’écoute des préoccupations et des propositions du partenaire social et leur prise en considération afin de renforcer et promouvoir le dialogue. Une réaction faisant suite vraisemblablement au mécontentement affiché par la Coalition nationale des syndicats de la santé (CNSS). Jeudi dernier, dans un communiqué, les syndicats ont affirmé déplorer que près de quatre mois après, leurs revendications ne sont pas été entendues, tout en dénonçant le manque de dialogue et d’avoir appris «par voie de presse» un certain nombre de mesures concernant les professionnels de la santé, lesquelles mesures, après lecture, «n’apportent rien de nouveau, de concret, dans la prise en charge des revendications légitimes et les préoccupations socioprofessionnelles de nos adhérents. La CNSS avait relevé également que quatre syndicats parmi les sept qu’elle compte n’ont pas été reçus par la tutelle alors que d’autres l’ont été plusieurs fois, de même que la demande d’audience qu’elle a déposée le 18 février est restée sans suite à ce jour.
«Ce refus de recevoir des syndicats pour prendre connaissance de leurs doléances ainsi que l’absence de réponse à la demande d’audience introduite par la CNSS, est contraire aux différentes orientations de monsieur le président de la République sur la nécessité d’ouverture des canaux du dialogue et de la concertation avec les partenaires sociaux et la société civile», avait regretté la CNSS.