L’élection présidentielle du 18 avril prochain continue d’emballer. La classe politique dans toutes ses composantes s’apprête à trancher quant à sa participation ou non à cette échéance. Il est d’ores et déjà évident qu’il y aura une grande mosaïque à l’occasion, vu les intentions exprimées des uns et des autres. La dynamique, qui a commencé avec l’annonce d’un général-major à la retraite de se porter candidat, s’est poursuivie avec la déclaration de l’ancien Chef de gouvernement Ali Benflis, et la surprise Abderrezak Makri qui a sonné la mobilisation des troupes au MSP. Mais, à peine cette dynamique installée, consacrant le droit légitime des partis à briguer le pouvoir et des personnalités politiques à participer à la consécration de la concurrence loyale à travers les urnes, voilà que des voix discordantes se faufilent au milieu pour faire entendre un autre son de cloche. Celui du rejet, du boycott et du discrédit. Les premiers à sortir de cette fièvre électorale pour faire la promotion d’un autre discours sont les membres du mouvement Mouwatana. Suite à sa réunion du 20 janvier, le mouvement, qui a réitéré avec force «son refus d’un cinquième mandat», a expliqué que si cela devait advenir, «il se réserve le droit de faire appel aux citoyens pour exprimer leur refus de l’usurpation de leur souveraineté de façon claire et active». En d’autres termes, la candidature de Bouteflika, bien que constitutionnellement valable, n’est pas du goût des initiateurs de ce mouvement qui comptent descendre sur le terrain pour la faire avorter. Mais, faudrait-il encore qu’ils aient les moyens de leur politique lorsque l’on sait qu’en face ils trouveront une machine composée du FLN, RND, MPA et de TAJ en plus de plusieurs organisations de la société civile pour soutenir cette candidature si elle venait à se confirmer.
Mouwatana s’adresse par ailleurs aux autres candidats, les invitant rien de plus à se retirer de la course. «Dans cet esprit, la délégation générale de Mouwatana espère que les candidats potentiels à la prochaine élection présidentielle refuseront de crédibiliser, par leur présence, un scrutin dont l’issue ne fera aucun doute, à l’instar des scrutins précédents», écrit le mouvement dans sa déclaration. Un appel qui n’a eu aucun écho pour le moment, d’autant plus que les potentiels candidats continuent d’affluer au siège du ministère de l’Intérieur, alors que les partis politiques traditionnels ont convoqué leurs instances souveraines pour décider de cette question.
Outre Mouwatana, une autre voix discordante s’est élevée, hier, pour «chahuter» le scrutin d’avril 2019. L’ancien porte-parole du Front des forces socialistes (FFS), Samir Bouakouir, a, dans une déclaration, mis en garde contre les conséquences d’une telle élection.
«Au lieu et place d’une révision déchirante et la mise en œuvre d’un processus politique consensuel et constituant, le pouvoir prend le risque d’organiser une élection présidentielle dans un contexte politique extrêmement délétère», écrit Bouakouir.
Et d’ajouter : «A défaut de réunir les conditions politiques préalables à une vraie consultation démocratique, c’est à une guerre des clans, par candidats interposés, que seront conviés les Algériennes et les Algériens.» Doutant sérieusement de la transparence du vote, il estimera qu’«au-delà d’un cinquième mandat, ou d’une non-candidature de Bouteflika, la succession ne dérogera pas à la règle non écrite de l’alternance clanique».
Et face à ce qu’il qualifie de «périls», Samir Bouakouir, qui a l’habitude d’intervenir dans le débat politique, soutient que «cautionner un nouveau coup de force électoral reviendrait à se rendre complice d’un inéluctable désastre national». «Les patriotes et les démocrates authentiques ne doivent en aucune manière céder au chant des sirènes des officines du système sur une prétendue élection ouverte et l’imminence d’un changement pour ne pas sacrifier les bases de principes sans lesquels la démocratie ne saurait advenir», a-t-il ajouté. Enfin, en attendant que ce nouveau discours attire quelques adeptes, il faut bien admettre que la course à la présidentielle est bel et bien lancée.n