Mise en alerte depuis le début de la guerre en Ukraine et les chamboulements causés par cette situation aux circuits des échanges commerciaux et de l’économie internationale, l’Union européenne tient aujourd’hui une réunion extraordinaire, une autre, pour tenter de dégager des solutions face à la crise du gaz russe qui est en train de faire monter crescendo la panique des membres, notamment ceux dont la consommation est fortement dépendante des importations en provenance de la Russie.
Et plus que jamais auparavant, depuis le 24 février dernier, l’UE n’a été autant bousculée comme ces derniers jours par une Russie qui multiplie les opérations pour maintenir ses clients européens dans l’incertitude et susciter de fortes divergences au sein de l’Union.
Après la réouverture, jeudi, du Nord Stream, les pays desservis par ce canal assurant le passage de 35% des 153 millions de mètres cubes de gaz ruse livré à l’Europe, le risque de nouvelles restrictions continuait à peser, alors que cette infrastructure a repris du service toujours réduit à 40% de ses capacités. Ce qui reste insuffisant pour garantir l’approvisionnement des particuliers et des entreprises en Europe durant tout l’hiver. A cela s’ajoute une situation intenable dans le Vieux Continent, à travers des prix de l’énergie qui ont flambé, alimentant une envolée de l’inflation au risque de plomber durablement la consommation et la croissance.
Hier, à la veille de la réunion de la Commission européenne, Gazprom a enfoncé le clou en annonçant qu’il allait réduire, dès demain mercredi, à 33 millions de m3 quotidiens, les livraisons de gaz russe à l’Europe via le même canal fraîchement passé par une opération de maintenance de 10 jours. Une autre opération du genre est prévue, a justifié le géant russe.
«La capacité productive de la station de compression Portovaïa passera à 33 millions de m3 le 27 juillet à 07H00» (4H GMT), a-t-il indiqué sur son compte Telegram, soit environ 20% des capacités du gazoduc.
Une nouvelle que l’Exécutif européen redoutait et qui le pousse désormais à inscrire sa réunion d’aujourd’hui sur le calendrier des urgences.
Ainsi, après avoir consacré ses premiers rendez-vous du genre aux sanctions à prendre contre la Russie, dont celle portant sur le dossier énergétique, l’UE se retrouve, depuis un bon moment, à manœuvrer contre l’effet boomerang provoqué par ces mêmes sanctions et se tourne désormais vers la quête d’un plan qui pourrait permettre de constituer des réserves en hiver.
A cet effet, les retrouvailles de ce 26 juillet réuniront les ministres de l’Energie à Bruxelles où ils ont été convoqués par la Commission européenne, au début du mois, alors que la Nord Stream n’avait pas encore été mis à l’arrêt pour une maintenance de dix jours qui a encore rajouté aux fortes craintes d’une pénurie gazière éprouvée dans le Vieux Continent.
Autrement dit, la réouverture, jeudi, de ce canal, n’aura pas suffi à libérer l’Europe de ses craintes, et la dernière sortie de Gazprom aura, au contraire, un fort impact sur la stratégie que devront suivre les Vingt-sept de l’UE pour passer l’hiver sans risque de pénurie de gaz.
A ce propos, la CE a déjà donné un aperçu du plan qu’elle compte présenter lors du rendez-vous d’aujourd’hui. La commission estime que pour se prémunir contre un risque de pénurie durant l’hiver prochain, il faudra passer au rationnement. Elle appelle chaque pays de l’UE à «faire tout son possible» pour réduire, entre août 2022 et mars 2023, sa consommation de gaz d’au moins 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années sur la même période.
«Nous devons nous préparer à de nouvelles perturbations de l’approvisionnement en gaz, voire à une coupure complète de la part de la Russie», a déclaré, début juillet, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Sauf que le plan de rationnement préconisé par la CE a de très minces chances d’être avalisé par ces membres. Ceci d’autant que l’impact des restrictions russes n’est pas ressenti au même niveau chez les 27.
Parmi ces derniers, l’Espagne, le Portugal et l’Espagne ont déjà manifesté leur rejet sans attendre la réunion extraordinaire.
«L’Espagne n’appuie pas cette proposition», a déclaré lors d’une conférence de presse la ministre de la transition écologique Teresa Ribera, en regrettant que cette mesure n’ait pas fait l’objet d’un débat préalable.
«Nous allons nous opposer à l’imposition d’obligations qui sont au-dessus, en termes d’efforts, à ce qui nous correspond», a-t-elle assuré, soulignant que cette mesure «n’est pas nécessairement la plus efficace, la plus efficiente ou la plus juste».
Et de prévenir que «les familles espagnoles ne subiront pas de coupures de gaz ou d’électricité dans leur logement» et que «l’Espagne défendra la position de l’industrie espagnole», a-t-elle promis.
Abondant dans le même sens, le gouvernement portugais a, lui aussi affiché son niet vis-à-vis de la démarche proposée par l’UE.
«Le Portugal va s’opposer» à cette mesure «disproportionnée», a déclaré le secrétaire d’Etat à l’Environnement et à l’Energie, Joao Galamba, dans un entretien au quotidien Publico.
La proposition de la Commission «n’est pas adaptée pour des pays qui ne sont pas interconnectés» au réseau gazier comme le Portugal, a-t-il expliqué.
Rejoignant la position de l4espagne et le Portugal, la Grèce s’est, à son tour, opposée au plan de réduction proposé par la Commission européenne.
«Le gouvernement [grec] n’approuve pas, par principe, la proposition de la Commission [européenne] de réduire de 15% sa consommation de gaz naturel», a déclaré en conférence de presse le porte-parole du gouvernement Yannis Economou.