Même si elle demeure très emballée depuis plusieurs mois dans le sillage du mouvement populaire et les arrestations et interpellations enregistrées depuis, la chronique judiciaire sera scrupuleusement observée aujourd’hui.
Pourquoi ? Pour la simple raison qu’il sera procédé aujourd’hui, moins d’une semaine après la tenue de l’élection présidentielle, à un examen de la demande de mise en liberté provisoire du leader de l’Union démocratique et sociale (UDS) – non reconnu NDLR -, Karim Tabbou, une des figures du Hirak populaire. Fodhil Boumala sera, lui aussi, entendu aujourd’hui dans le fond pour des chefs d’inculpation d’«atteinte à l’intégrité du territoire national et atteinte à l’unité nationale». Boumala a été placé en détention préventive depuis le 19 septembre par le juge d’instruction près le tribunal de Dar El Beïda (Alger).
Pour ce qui est de Karim Tabbou, il convient de rappeler qu’il a été placé le 2 octobre dernier en détention préventive par le Parquet de Sidi M’hamed pour les chefs d’inculpations d’atteinte à l’unité nationale et incitation à la violence via ses publications sur les réseaux sociaux.
Le mis en cause a été arrêté une première fois le 12 septembre dernier pour « démoralisation des troupes de l’armée en temps de paix », avant de le remettre en liberté par le Parquet de Tipasa, et d’être arrêté de nouveau 24 heures après et placé en détention provisoire.
Le vainqueur de la présidentielle du 12 décembre, Abdelmadjid Tebboune, a indiqué, vendredi après l’annonce des résultats préliminaires par l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), que la « grâce présidentielle ne touchera pas les personnes impliquées dans des affaires de corruption », car, les « procédures judiciaires visant à lutter contre la corruption continueront durant son mandat ». Ce qui sous-entend que les détenus d’opinion pourraient en bénéficier, d’autant que le nouveau président a tendu la main au moment où la libération des détenus revient comme une condition ou un préalable avant tout dialogue.
Dans tous les cas, les avocats de la défense, militants des droits de l’homme et partis politiques ont constamment réclamé « la liberté inconditionnelle et immédiate » de tous les détenus d’opinion et politiques. Pour un avocat du Collectif de défense, les arrestations opérées au lendemain de l’enclenchement du mouvement populaire en cours sont d’ordre « politique ». Idem pour les procès et condamnations.
« C’est le rapport de force entre le Hirak et le système en place qui sera déterminant pour le sort des détenus d’opinion », dit un avocat.
Hier, deux militants de RAJ, en l’occurrence, Hakim Addad et Djalal Mokrani, placés sous mandat de dépôt le 6 octobre dernier, ont été entendus dans le fond par le tribunal de Sidi M’hamed. Un parquet que les avocats de la défense des détenus d’opinion avaient décidé à la mi-octobre dernier de boycotter les présentations et par la suite les procès, sous prétexte que c’est un tribunal « instrumentalisé à des fins politiques ». Les deux militants associatifs sont pour rappel, poursuivis pour « incitation à l’attroupement et atteinte à la sécurité de l’Etat ».
Dans le pays, les arrestations, procès et condamnations suscitent des appréhensions, notamment après les répressions des actions « pacifiques » qui ont conduit à « l’éborgnement » de plusieurs manifestants. Les interpellations, pour rappel, ont commencé par l’interdiction du port de l’emblème amazigh lors des manifestations le 21 juin. Les manifestants et militants arrêtés ont été placés sous mandat de dépôt et poursuivis pour « atteinte à l’unité nationale ». La vague des arrestations pour le même délit s’est poursuivie durant quelques vendredis, avant qu’elle ne touche des acteurs politiques et associatifs, à l’image de Karim Tabbou, Samir Benlarbi, Fodil Boumala et des militants de RAJ.