Blida continue de recevoir des dons de produits alimentaires, de fruits et légumes, de bouteilles d’eau minérale et d’équipements médicaux de plusieurs wilayas. Mais, une partie de la population des zones isolées, de quartiers pauvres et de certains villages se plaint de ne rien recevoir.

La wilaya de Blida, principal foyer du Coronavirus en Algérie, entame bientôt la quatrième semaine de confinement total décrété le 23 mars dernier. Les Blidéens s’adaptent plus ou moins à la situation. A Blida-ville, le mouvement des voitures et des motocyclettes est moins dense que d’habitude. Les services de police ont procédé à des dizaines d’interpellations, ces derniers jours, de personnes ne respectant pas le confinement et qui doivent payer des amendes, comme cela a été décidé par le Premier ministre Abdelaziz Djerad, le 7 avril dernier. Selon cette instruction, le non-respect du confinement à domicile coûte au contrevenant une amende allant de 3 000 à 6 000 dinars, et parfois, un emprisonnement de trois jours. Plus d’une centaine de véhicules et une quarantaine de motocyclettes ont été envoyées en fourrière.
Blida continue de recevoir des dons de produits alimentaires, de fruits et légumes, de bouteilles d’eau minérale et d’équipements médicaux de plusieurs wilayas. Mais, une partie de la population des zones isolées, de quartiers pauvres et de certains villages se plaint de ne rien recevoir. « Il y a un grand problème de distribution », constate Farouk, un membre actif d’une association caritative. La wilaya de Blida a mis en place une commission qui a la charge d’organiser le partage des aides entre les communes de la wilaya. « Cependant, les mauvaises pratiques dans certaines communes sont toujours là. Les dons sont stockés loin de regards pour être détournés ou acheminés vers des familles qui ne sont pas dans le besoin », dénonce Farouk. Il réclame un contrôle strict de la part des autorités sur la distribution des aides.

Des produits qui se dégradent dans les dépôts
A Beni Merad, par exemple, un groupe de citoyens s’est rassemblé devant le siège de l’APC pour protester contre le retard des dons. A Bouarfa, Ouled Yaïch, Ouled Slama, Beni Tamou, Chebli et autres communes, la population réclame de la transparence dans la distribution des aides, alors que des associations travaillent en continu pour soutenir les plus démunis, mais parfois dans des conditions compliquées. Idir Hamouri, président de l’association Forsane El Khir, a évoqué, dans une vidéo postée sur Facebook, des détournements de couffins d’aide parmi les volontaires. « Nous avons trouvé des documents où des signatures ont été apposées au nom de 21 familles démunies qui n’ont rien reçu. Ces volontaires, qui ne sont pas membres de notre association, ont voulu se servir dans le dépôt où les dons sont stockés. Certains ont volé des couffins, une quantité de pommes de terre a disparu. D’autres ont voulu se partager l’argent envoyé par les bienfaiteurs. Des appareils de désinfection ont été aussi détournés. Et lorsqu’on les a dénoncés, ils se sont attaqués à moi », a-t-il déclaré. Il a exhibé tous les bons et les factures. « Les familles qui bénéficient de dons signent des décharges. Nous avons aidé plus de 1 500 familles », a-t-il précisé. Le wali de Blida a interdit au Croissant-Rouge algérien (CRA) de distribuer des aides directement dans son siège à Blida pour éviter les regroupements. Le CRA, Kafil Al Yatim et d’autres associations sont chargés de distribuer des aides avec les représentants désignés de quartiers. « Mais, parfois, ces représentants ne distribuent qu’à leurs proches et leurs voisins et oublient les autres, sinon ils ne les informent pas de l’arrivée des dons. Il y a un problème de circulation de l’information aussi », souligne Farouk. Kamel Nouicer, wali de Blida, a promis de revoir le système d’organisation des aides, notamment celles destinées aux zones isolées en montagnes ou aux fermes de la plaine de la Mitidja. Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (Anca), a annoncé la dégradation de tonnes de fruits et légumes et de produits alimentaires dans les dépôts à Blida en raison de la mauvaise distribution des dons et des retards accumulés dans l’acheminement des aides à la population. « C’est regrettable au moment où des dizaines de familles continuent de lancer des appels pour avoir des aides dans les zones isolées », a-t-il déclaré. n