Par Fazil Asmar
Pour l’expert en économie, Abderrahmane Mebtoul, pour alimenter la caisse d’allocation chômage, les pouvoirs publics peuvent prévoir transitoirement entre 0,5 et 1,5% des recettes de Sonatrach. D’autant plus que l’Algérie possède, selon lui, quelques marges de manœuvre avec une dette publique totale par rapport au PIB de 63,3%, contre 53,1% en 2019, une dette publique nette totale représentant 60,5%, contre 50,4% en 2020 et une dette extérieure inférieure et relativement faible devant atteindre 3,6% et 5,2% du PIB en 2021 et 2022, contre 2,3% en 2020.
«Les tensions sociales sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures qui permettent les subventions et les transferts sociaux représentant 23,7% du budget général et 9,4% du PIB pour l’exercice 2021. Sauf que ces recettes sont encore mal ciblées et mal gérées», estime-t-il. Surtout que les prix du pétrole, prévient-il, peuvent faire l’objet d’une chute drastique, affaiblissant ainsi notre taux de croissance, augmentant le chômage et réduisant nos réserves de change. «Pour cette raison, il sera difficile d’alimenter la caisse d’allocation chômage. Sans oublier les caisses de retraite dont la pérennité est menacée.» «Il faut savoir que toute nation ne peut distribuer que ce qu’elle a préalablement produit, le populisme pouvant conduire à un processus inflationniste incontrôlable sans création de valeur et donc, à la dérive économique et sociale avec des incidences sécuritaires», explique-t-il en prévenant contre les risques des émissions monétaires sans contreparties productives. Tout cela, signale-t-il, pour dire qu’un nouveau modèle de croissance créant de la valeur, qu’une nouvelle gouvernance et une nouvelle politique de l’emploi sont plus qu’impératifs. «L’actuelle politique de l’emploi privilégie les salaires-rente avec un nivellement par le bas, décourageant ainsi les énergies créatrices. Cette politique se base donc sur une distribution pure et simple de nos ressources sans contreparties productives, contribuant implicitement à favoriser le chômage», constate-t-il. Aussi, soutient-il, il s’agira de modifier les pratiques collectives et réduire les à-coups sur l’emploi en accroissant la flexibilité des revenus et les horaires de travail par une formation permanente pour permettre l’adaptation aux nouvelles techniques et organisations. D’après lui, ce n’est pas un changement d’assiette des prélèvements qui résoudra les problèmes liés à l’emploi mais une maîtrise de la dépense globale et remboursée. «Dans cette sphère spécifique, celui qui consomme n’est pas nécessairement celui qui finance. L’ensemble des dépenses de la sécurité sociale ne doit pas croître, en volume, plus vite que la croissance du PIB. La rationalisation des dépenses ne saurait signifier restriction aveugle afin de permettre de couvrir les besoins des plus démunis», dit-il. En attendant qu’une économie productive se mette en place, Mebtoul fait part de recommandations qui permettront, à son avis, d’aller vers l’efficacité économique et une justice sociale. Il propose de consacrer entre 2/5% des recettes d’hydrocarbures annuellement pour alimenter les caisses de retraite en plus de la caisse allocation chômage. Il suggère aussi d’autoriser les personnes ayant 32 années de travail à aller à la retraite et de prévoir des clauses de spécificités pour les femmes exerçant des métiers pénibles. «Réfléchir sur un nouveau modèle social permettant la création de richesses, la levée des contraintes ralentissant la mise en œuvre des différentes actions et politiques, la réforme des institutions pour moins de bureaucratie via une réelle décentralisation autour de grands pôles économiques régionaux, du système financier et socio-éducatif inadapté et la lutte contre la corruption», conclut-il. n