L’Allemagne a entériné hier mercredi l’abandon de la rigueur budgétaire pour 2021, après l’avoir fait en 2020, et va devoir copieusement emprunter pour la seconde année consécutive face à l’impact continu de la pandémie de Covid-19.

Par Florian CAZERES
«Pour 2020 et 2021, nous sommes obligés de demander au Bundestag (Parlement) de nous autoriser à emprunter une somme inhabituellement élevée», a déclaré le ministre des Finances Olaf Scholz mercredi, après l’adoption du projet de budget 2021 en conseil des ministres. Berlin va contracter 96,2 milliards d’euros de nouvelles dettes en 2021, après un montant record de 217,8 milliards d’euros en 2020. «Contre la crise, nous n’allons pas économiser», a assuré le ministre, estimant que «ne rien faire coûterait beaucoup plus cher». Le pays, dont la dette devrait atteindre 75% du PIB en 2021, contre 59,5% en 2019, déroge pour la deuxième fois à ses règles constitutionnelles de rigueur. Le «frein à l’endettement», inscrit dans la loi fondamentale allemande depuis 2011, interdit au gouvernement d’emprunter chaque année plus de 0,35% de son PIB. Mais dans des circonstances exceptionnelles, celui-ci peut demander à la chambre des députés l’autorisation de dépasser ce seuil.

55 milliards d’investissements
La crise provoquée par la pandémie de coronavirus est une «situation historique et exceptionnelle», s’est justifié Olaf Scholz. Les recettes fiscales de la première économie de la zone euro, plombées par la crise économique, ont plongé en 2020 à 264,4 milliards d’euros, contre 329 milliards en 2019. Elles ne devraient retrouver leur niveau d’avant-crise qu’en 2024, selon des estimations du ministère des Finances. Côté dépenses, Berlin a dû voler au secours de son économie en mars, débloquant près de 1.000 milliards d’euros d’aides aux entreprises, et a prolongé ces dispositifs fin août. Le pays s’est également lancé dans de vastes investissements dits d’avenir, dans le cadre d’un plan de relance de 130 milliards d’euros. Rien qu’en 2021, l’Allemagne prévoit de dépenser 55 milliards d’euros d’investissements dans des secteurs stratégiques comme la santé, les transports, le numérique, et la transition écologique.

Retour à la rigueur en 2022
Il y a quelques mois, un tel changement de cap aurait été politiquement inimaginable en Allemagne, pays qui s’est longtemps posé en parangon de la rigueur en Europe. Mais la pandémie a fait voler en éclats ces principes : la chancelière Angela Merkel a même accepté cet été une forme de mutualisation des dettes au niveau européen pour aider les pays les plus affectés par le Covid-19, brisant un autre tabou germanique. Interrogé sur les propos mardi du secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune qui a réclamé que les règles de discipline budgétaire de l’UE restent suspendues après la crise sanitaire, M. Scholz s’est contenté de déclarer que Berlin considère qu’elles «ont passé l’épreuve du réel». Berlin ne mentionne même plus l’autre ligne politique que le pays s’était fixé : le «zéro déficit», soit l’absence totale de recours à l’emprunt, durablement balayé par la crise. Il faut dire que le pays a subi une chute historique d’activité au deuxième trimestre, perdant 9,7% sur un an, tandis que le taux de chômage est monté à 6,4%, contre 5% avant la crise, poussant Berlin à agir. Le gouvernement vise toutefois un retour au respect du frein à l’endettement dès 2022, avec 6,7 milliards d’euros de nouvelles dettes. Le projet de budget allemand doit désormais être présenté devant le Parlement allemand, pour être définitivement adopté. Le gouvernement table sur une chute cette année de 5,8% de son Produit intérieur brut, avant un rebond dès 2021, de 4,4%. <