L’Allemagne, l’Espagne et l’Italie sont les trois dernières nations à avoir remporté la Coupe du monde avant la France. Incontestablement parmi les « gros » du football européen, ces formations connaissent pourtant des destins bien différents depuis plusieurs années. A quelques jours du début de l’Euro (11 juin-11 juillet), où en sont ces anciens vainqueurs en quête de rédemption ?

L’ALLEMAGNE
Trois ans après le fiasco terrible du Mondial 2018, l’Allemagne est encore traumatisée. Au fond, elle ne s’est jamais vraiment remise de sa terrible aventure russe. La Mannschaft a l’air encore en chantier, avec beaucoup de qualités et de ressources, prouvées par la récente victoire des U21 à l’Euro Espoirs, mais aussi beaucoup d’incertitudes. Joachim Löw semblait avoir envoyé un message fort en écartant certains cadres de l’équipe nationale, mais devant la pression populaire et celles de ses cadres, le sélectionneur allemand a rappelé à la surprise générale Mats Hummels et Thomas Müller. Les mêmes cadres qu’en 2018 seront donc présents, pour la dernière compétition de Löw à la tête de la sélection allemande. Comme un symbole du chantier en cours… Dans un groupe particulièrement relevé avec la France et le Portugal, les partenaires de Manuel Neuer s’attaqueront aux deux gros morceaux de leur poule, d’entrée. Si leur premier match de préparation contre le Danemark (1-1) avait été des plus laborieux, la gifle infligée à la Lettonie lundi soir (7-1) aura au moins le mérite de gonfler la confiance des Allemands avant leur entrée dans l’Euro. Toujours au moins demi-finalistes lors des trois derniers Euros, les partenaires d’un Joshua Kimmich attendu comme le leader de la nouvelle génération allemande ne doivent pas être pris à la légère. Ce serait une erreur de ne pas considérer l’Allemagne comme la grande nation du football qu’elle est. C’en serait une également de ne pas reconnaître que la Mannschaft avance dans cet Euro sans aucune certitude.

L’ESPAGNE
Qu’elle semble loin, l’hégémonie espagnole sur le football européen et mondial, de 2008 à 2012… Sur les trois dernières compétitions, la Roja semble avoir appliqué la même recette : une phase de qualification quasiment sans faute, des attentes très élevées, et une énorme déception à l’arrivée. Cette fois-ci, la liste concoctée par le sélectionneur Luis Enrique, revenu à la tête de la sélection dans un psychodrame qui en dit long sur les coulisses du football espagnol, ne fait pas peur. Sans leader apparent, la sélection espagnole doit vaincre son habitude de décevoir ses supporters. Dans un groupe apparemment à sa portée, une élimination dès la phase de poule serait un nouvel échec cuisant pour les champions du monde 2010. En préparation, la sélection espagnole a tout de même tenu tête au Portugal (0-0), dans un match qui ne restera pas dans les annales du football. En manque de créativité dans le jeu, les Espagnols sont surtout frappés par l’ombre du Covid. Après le test positif de Sergio Busquets – un des seuls véritables leaders de la sélection avec Jordi Alba en l’absence de Sergio Ramos – mis depuis en quarantaine, toute la sélection doit faire face au risque d’une contamination généralisée dans ses rangs, et a donc convoqué six joueurs en plus dans ses rangs. Indéniablement, la Roja ne rassure pas, et fait beaucoup moins peur qu’il y a 10 ans. Mais c’est peut-être là qu’elle peut trouver son avantage, car avec moins d’attente vient aussi moins de pression…

L’ITALIE
Et si c’était la belle surprise de cet Euro 2020 ? Depuis son dernier titre majeur en 2006, l’Italie a constamment manqué ses rendez-vous en Coupe du monde (pas sortie des poules en 2010 et 2014, pas qualifiée en 2018) mais a répondu présent lors des Euros (finaliste en 2012, belle surprise de 2016 éliminée aux tirs aux buts en quarts). Depuis le séisme de l’absence à la Coupe du monde pour la première fois depuis 1958, la Squadra Azzurra s’est reconstruite, lentement, autour d’un nouveau sélectionneur Roberto Mancini, et d’une ossature plus jeune, plus talentueuse aussi. Invaincue depuis septembre 2018 (26 matches sans défaite), l’Italie arrive à cet Euro décomplexée, et avec le plein de confiance.
Malgré l’incertitude autour de Marco Verratti, la Nazionale possède une équipe très équilibrée. Autour des trentenaires Insigne, Bonucci et Immobile (qui enchaîne les buts saison après saison), les jeunes Donnarumma, Barella et Pellegrini se sont intégrés à merveille au collectif italien, et font office de potentiel outsider dans cet Euro. Après n’avoir fait qu’une bouchée de Saint-Marin (7-0) et de la République Tchèque (4-0), la sélection italienne espère avoir retrouvé sa grinta et son allant d’antan. Le match d’ouverture de cette compétition à Rome face à la Turquie – autre outsider potentiel de la compétition – donnera le ton, pour des fans italiens qui n’ont plus vu leur équipe nationale dans un tournoi majeur depuis cinq ans. Que les supporters transalpins se rassurent, la grande Italie semble de retour.