Les spécialistes de la santé estiment que le respect strict des mesures barrières et l’accélération de la vaccination sont les conditions impératives qui doivent être respectées dans le cadre d’un allègement des mesures de confinement, tel que cela a été annoncé en Conseil des ministres de dimanche dernier.

Par Sihem Bounabi
En effet, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a pris la décision, lors du Conseil des ministres qui s’est réuni dimanche dernier, de demander au gouvernement d’alléger le confinement sanitaire avec l’ouverture des plages et les lieux de loisirs qui ont été fermés dans 35 wilayas depuis le mois de juillet dernier. Toutefois, cet allègement est conditionné par la poursuite de la décrue de la pandémie de la Covid-19, selon le communiqué de la présidence, qui ajoute qu’il doit se faire en maintenant les mesures préventives : port du masque, distanciation sociale et physique notamment. Dans le cadre de ces mesures d’allègement, le président de la République a, également, ordonné d’augmenter le nombre des vols internationaux.
Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) et chef de service des maladies infectieuses de l’EPH de Boufarik, souligne « certes, nous constatons une décrue du nombre de contamination au niveau national et qui se reflète au niveau de l’hôpital par une diminution de nombre de consultations aux urgences et une diminution de 30 à 40% du nombre d’occupation de lits d’hospitalisation, mais la vigilance doit toujours rester de mise ».
Il met ainsi en exergue, par rapport à la décision de l’allègement des mesures de confinement, que « toute la problématique est dans le respect des mesures barrières et l’accélération de la campagne de vaccination ». Le spécialiste estime ainsi que les décisions du Conseil des ministres sont applicables à la condition du respect strict des mesures barrières et de l’accélération de la campagne de vaccination pour aller à l’immunité collective. Il insiste ainsi sur le fait que le communiqué de la présidence précise bien « si la situation s’améliore » et « cet allègement est donc conditionné par une amélioration de la situation épidémique ». En tant qu’infectiologue, Dr Mohamed Yousfi explique que depuis 18 mois, les spécialistes alertent sur l’évolution de l’épidémie que l’on ne peut pas bloquer. Il précise qu’« en moyenne, il y a six semaines d’augmentation du nombre de cas, jusqu’à arriver à un pic, suivies par six semaines de décrue. Ainsi, la seule manière de contenir une forte propagation du coronavirus est d’apprendre tout simplement à vivre avec en appliquant les mesures de prévention. Logiquement, la décrue sera d’autant plus solide lorsqu’on respectera les mesures barrières et en accélérant la vaccination du plus grand nombre de personnes dans le but d’atteindre l’immunité collective.
En combinant ces deux éléments, cela permettra d’aplanir la courbe des contaminations et d’éviter une autre vague plus meurtrière ».

Respecter les mesures barrières et accélérer la vaccination
Il rappelle que « suite à la 2e vague, il y a eu une décrue de 3 mois, marquée par le relâchement du respect des gestes barrières des citoyens et un manque de vigilance de la part des pouvoirs publics. Ainsi, il n’y a pas eu de leçons tirées de cette 2e vague et, par conséquent, on a eu une 3e vague catastrophique et meurtrière ». Ajoutant : «Ce qui est révoltant, c’est qu’une grande partie de cette catastrophe aurait pu être évitée. »
Pour sa part, Dr Youcef Boudjellal, spécialiste en microbiologie et secrétaire général du Syndicat national des biologistes de la santé publique (SNBSP), souligne que l’allégement annoncé est également conditionné par la baisse des cas de contamination et, par conséquent, du respect strict des mesures barrières. Il ajoute qu’« il faut encore attendre 15 jours pour réellement dire que la situation épidémique s’est améliorée ». Il reconnaît certes que « c’est une situation difficile depuis deux ans d’un point de vue social et économique et l’allègement du confinement permet d’avoir une soupape et un deuxième souffle pour les Algériens. Mais cela est conditionné par la baisse du nombre de cas positifs, l’accélération de la vaccination et le respect strict des mesures barrières ».
Il ajoute que l’un des points rassurants est que la campagne de vaccination est en train d’être accélérée par les pouvoirs publics. Et comme le souligne le communiqué de la Présidence, la campagne de vaccination doit s’accélérer dans le secteur de l’Education et de l’Enseignement supérieur et que d’autres secteurs se mobilisent pour faire vacciner leurs personnels.
Concernant l’ouverture des frontières, Dr Youcef Boudjellal souligne que « là aussi, il faut être très vigilant, car plusieurs pays en Europe et aussi aux Etats-Unis sont en pleine 4e vague. La grande crainte est qu’avec l’ouverture de l’espace aérien, il y a le risque d’entrer de nouveaux variants. C’est pour cela qu’il faut redoubler de vigilance ».
Par ailleurs, il tient à tirer la sonnette d’alarme sur certaines publications qui font le buzz sur les réseaux sociaux, annonçant que le virus perdra de sa virulence et deviendra inoffensif d’ici la fin du mois de décembre. Il affirme à ce sujet que «c’est une information complètement fausse et qui n’a aucune base scientifique. Au contraire, il faut dès maintenant anticiper la 4e vague qui risque de survenir entre les mois d’octobre et décembre prochains».