Suite à la décision des autorités d’alléger le confinement dans certains lieux publics, dont les mosquées, les plages et les lieux de restauration, le 15 août prochain, «la vigilance et la prudence» sont de mise pour se protéger contre la contamination par la Covid-19, a déclaré, hier, à la Radio nationale, le professeur Mohamed Belhocine, président de la cellule en charge des enquêtes épidémiologiques créée après l’apparition de la pandémie.

Intervenant, hier, dans l’émission «L’Invité de la Rédaction» de la Chaîne III de la Radio algérienne, le Pr Mohamed Belhocine souligne que le seul moyen d’essayer de limiter la propagation du virus, dans le cadre de ces nouvelles mesures d’allègement du confinement, est le respect strict des mesures barrières sans lesquelles «il est difficile d’imaginer qu’on puisse s’en sortir».
Pour le professeur Mohamed Belhocine, tout nouveau cas de contamination à la Covid-19 révèle «sa circulation active dans notre pays». Il rappelle que concentrée, un moment, dans la zone centre de l’Algérie, la pandémie, «qui a une capacité d’expansion extrêmement rapide, affecte, désormais, l’intégralité du pays».
Il rappelle également que la probabilité d’être infecté par le virus est liée à un contact d’humain à humain. D’où la nécessité d’avoir imposé le confinement mesure ultime pour casser les chaînes de transmission. Mais, afin de reprendre une vie économique et sociale vitales, il est impératif que les Algériens apprennent à cohabiter avec la Covid-19 en adoptant avec conviction les mesures barrières.
Tout en affichant sa satisfaction de constater qu’il y a de plus en plus d’Algériens qui portent un masque, l’épidémiologiste souligne que beaucoup d’efforts restent encore à faire.

Privilégier la prise de conscience
Il cite à ce sujet les mesures de distanciation physique, notamment dans les administrations et les lieux publics clos. Il préconise également que les personnes à risques telles que les personnes âgées et les malades chroniques devraient dans la mesure du possible continuer à limiter les contacts avec l’extérieur afin de limiter les risques de contamination.
Par ailleurs, le professeur Belhocine estime que les campagnes de sensibilisation, l’implication de la société civile et la conscience des citoyens seraient plus efficaces que des mesures coercitives. Tout en estimant qu’il faut un juste équilibre entre les différentes actions, il souligne toutefois qu’«on ne peut pas mettre un policier derrière chaque Algérien. Et on ne peut pas mettre des services de sécurité devant chaque queue pour acheter du pain ou des légumes».
Il souligne ainsi qu’il vaut mieux privilégier la discipline et la prise de conscience de chaque citoyen sur l’importance du port du masque, de la distanciation physique et du lavage fréquent des mains.

Risque d’une saison d’automne compliquée
L’intervenant sur la Radio nationale, qui a contribué à la lutte contre la maladie d’Ebola, en RD du Congo, avertit également sur les risques de complications lors de la saison d’automne prochaine. Il estime que l’une des complications se situe surtout dans le fait qu’il y aurait plus de difficultés à distinguer un cas Covid de celui d’une grippe saisonnière. Il précise à ce sujet qu’«aujourd’hui, quelqu’un qui a les symptômes de la grippe, est, à 98%, une personne contaminée par le virus de Covid car vous n’avez pas de grippe au mois de juillet ou d’août en Algérie». Enchaînant : «Par contre, durant les mois de novembre et d’octobre quelqu’un qui tousse, qui a mal à la tête et qui a un peu de fièvre, la question sera est-ce une grippe ou la Covid-19 ?»
Le Pr Mohamed Belhocine avertit également sur les risques d’une épidémie de rougeole chez les enfants suite aux perturbations du programme de vaccination à cause de la crise sanitaire.
En conclusion, de son intervention sur les ondes de la Radio nationale, le Pr Mohamed Belhocine lance un appel aux autorités concernées pour que «la politique de prévention doit revenir au centre de la réforme du système public», expliquant que l’«on ne peut pas faire marcher un système de santé publique uniquement sur les hôpitaux et les cliniques. Un service de santé publique est un service qui doit aller en aval et qui doit regarder comment on peut prévenir l’arrivée des maladies à travers un système d’informations et de prévention sanitaire le plus efficace», affirmant que «nous avons les moyens de le faire».

Hommage à Grandgaud et El Hadj Lakehal
Lors de son passage, hier, sur les ondes de la Radio nationale, le Professeur Mohamed Belhocine a tenu à rendre un vibrant hommage, au nom de la famille médicale, au professeur Jean-Paul Grangaud, décédé récemment. Il rappelle que le professeur Jeau-Paul Grangaud a consacré sa vie à la santé publique en Algérie, confiant qu’«il fut notre enseignant et notre ami et a inspiré des générations de professionnels de la santé par son humanisme, sa générosité et son abnégation».
Le Pr Belhocine a également tenu à rendre hommage à la mémoire d’El Hadj Lakehal, «l’un des pères de la politique nutritionnelle de notre pays» qui «a contribué à sauver beaucoup d’enfants de la malnutrition et du rachitisme durant les années postindépendance» et «qui a mené sa mission jusqu’au bout de son énergie».