Un peu plus d’un mois nous sépare de la célébration de l’Aïd el Adha et déjà des voix s’élèvent sur les prix du mouton «qui vont prendre l’ascenseur».

Par Bouzid Chalabi
Le président de l’Association des distributeurs de viandes fraîches locales, Kheïr Merouane, et Mohamed Mechdène, membre du bureau de la Fédération nationale des éleveurs d’ovins, arguent conjointement «la surenchérissement qui s’annonce n’a rien d’extravagant compte tenu que les éleveurs d’ovins font face, depuis des mois, à une cherté sans pareil de l’orge. L’Aïd El Adha sera donc l’occasion de tenter d’amortir les dépenses financières auxquelles ils ont été soumis pour pouvoir assurer le ratio alimentaire indispensable à leur cheptel».
Ces derniers, affiliés à l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca), qui s’exprimaient lors d’un point de presse organisé, hier, par l’association en son siège à Alger, portant essentiellement sur les préparatifs, ont en outre tenu à déballer quelques réalités de terrain. Selon Merouane Kheïr, qui n’a d’ailleurs pas mâché ces mots, «sans parti pris, le dispositif de subvention sur l’orge et son rationnement aux éleveurs d’ovins ont montré leurs limites depuis que cet aliment de bétail, indispensable pour une alimentation équilibrée des ovins, a intégré le circuit de la spéculation ces derniers mois». Abondant dans ce sens, il a rappelé que «de 2011 à la fin de 2021, les prix de la viande rouge sur les étals des détaillants sont restés stables à 1 200 DA le kilo en raison de la disponibilité de l’orge en quantités suffisantes et cédé aux éleveurs à prix modérés. Depuis, la conjugaison des cours internationaux de l’orge en augmentation et la demande locale en nette accroissement, en raison de la sécheresse qui a sévi avec conséquence directe des parcours pastoraux sans la moindre couverture végétale, ont fini par rendre cet aliment inaccessible au sein de la grande famille des éleveurs».
Pour Merouane Kheïr, «certes les pouvoirs publics sont intervenus en mettant en place un système de quotas aux éleveurs mais à raison d’une livraison. Ce qui est pour eux «grandement insuffisant pour l’heure, bien que le quota soit passé, depuis la fin du mois de février dernier, de 300 g par jour et par bête à 600g/j/b». Le conférencier rapporte que «les éleveurs demandent à ce que l’orge leur soit vendue au prix réel et en quantité. Ainsi le marché sera débarrassé de tous ses faux éleveurs qui bénéficient de quotas d’orge et qui alimentent le circuit parallèle de la vente et où la surenchère bat son plein».
Toujours à propos de rationnement de l’orge, il estime que pour le rendre équitable et destiné à ses vrais bénéficiaires, il faudrait que le ministère de tutelle dispose de statistiques crédibles sur le cheptel ovin national, «sur ce dernier point, je défie quiconque pouvant avancer un chiffre du moins très proche de la réalité». En somme, pour ce dernier «si les prix de l’orge ne baissent pas, il faudra s’attendre à ce que le prix du mouton de l’Aïd connaisse une augmentation sensible. Mais cela reste une hypothèse car, depuis peu, les parcours pastoraux sont revêtus de verdure par l’entremise d’épisodes pluviométriques enregistrés dès la fin du mois d’avril et au début du mois de mai». Avant de conclure son intervention, le président des distributeurs de viande se dit outré que «le pays continue à ne pas disposer d’un marché de gros de la viande rouge et blanche. Cette carence ne peut qu’entretenir le dysfonctionnement dans le commerce du détail», a-t-il lâché.
De son côté, Mohamed Mechdène a cru bon de rassurer que «les prix du mouton de l’Aïd ne seront pas aussi élevés comme certains acteurs de la filière le laissent entendre. Mais tout dépendra de la bonne volonté des éleveurs, c’est-à-dire à ne pas chercher coûte que coûte à combler leurs dépenses dues à la cherté de l’orge. Pour l’heure, et comme l’a signalé Merouane, le retour des parcours pastoraux aura certainement un impact positif chez les éleveurs à même de rabaisser d’un cran leur visée d’argent à tirer à l’occasion de l’Aïd El Adha», a-t-il conclu.
Notons que le président de l’Anca, Hadj Tahar Boulanouar, a pour sa part confié au sujet des espaces de ventes dédiés à la vente de moutons de l’Aïd près des zones urbaines, qu’il espère que «les ministères du Commerce et de l’Agriculture ne vont pas récidiver dans la même erreur de l’année dernière où lesdits espaces ont été identifiés mais par la suite, ouverts au public très tardivement. C’est-à-dire à près de sept jours de la célébration de la fête religieuse avec pour effet immédiat de la surenchère sur les prix pratiqués. Il serait donc préférable que, dès maintenant, les espaces de vente soient identifiés. Ce serait tout au bénéfice des éleveurs et des pères de famille»,a-t-il enfin suggéré. <