Par Bouzid Chalabi
A travers les perturbations dans la distribution de l’eau potable, enregistrées ces derniers jours dans certains quartiers de la capitale, et pour lesquelles le directeur de la production et celui de la distribution auprès de la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (Seaal) ont été limogés sur instruction du ministre des Ressources en eau Kamel Mihoubi, une question se pose : l’approvisionnement de la capitale, dont les besoins sont de plus en plus croissants, commence-t-il à être difficile à assurer ? Pour l’heure, c’est bien sûr la Seaal qui est montrée du doigt pour ne pas avoir assumé sa mission principale, celle d’assurer l’alimentation en eau de la capitale.
En effet, lors d’une réunion au siège de la Seaal, samedi dernier, à laquelle ont pris part des cadres du secteur des ressources en eau et des responsables de la société, Mihoubi, accompagné du wali d’Alger, a indiqué que «la Seaal doit assurer un approvisionnement régulier en eau potable suivant le programme établi à Alger et, surtout, informer les citoyens dans les délais de prochaines perturbations via tous les moyens audiovisuels et réseaux sociaux». Comme il a insisté «sur l’importance de l’augmentation de la production de l’eau pour approvisionner les citoyens et éviter les coupures ou les perturbations», peut-on lire dans un communiqué du ministère des Ressources en eau, repris ce samedi par l’APS. Toujours selon cette même source, le ministre s’est rendu ensuite à la station de dessalement d’El Hamma en compagnie du ministre de l’Energie, où des explications exhaustives leur ont été fournies par les techniciens chargés de la gestion de la station lesquels ont été instruits de veiller sur la production pour assurer un approvisionnement en eau aux citoyens et éviter les coupures ou les perturbations». Mais on peut se demander si le déficit en eau conventionnelle, c’est-à-dire de l’eau issue des barrages qui approvisionnent la capitale, venait à s’accentuer la station d’El Hamma serait-elle en mesure de combler le manque dans l’offre nécessaire aux besoins du Grand-Alger. Selon des sources concordantes, «un surplus de la production attendue de ladite station ne saurait se faire à court terme, car des conditions techniques sont à remplir. En clair, il y a des préalables à remplir, car le procédé de l’osmose inverse a un rythme de fonctionnement précis. Et il faudra donc penser à trouver une autre solution. Et la plus indiquée serait de créer une autre station de dessalement dont la production serait consacrée entièrement aux besoins de l’alimentation en eau potable de la capitale. Sur ce dernier point, faut-il rappeler que le professeur Ahmed Kettab a, lors d’une journée d’étude sur le stress hydrique en Algérie, organisée tout récemment, a donné son approche. «Il faudra que d’ici 2030, la production du dessalement passe de 800 millions de mètres cubes actuellement à 2,500 milliards m3 pour pouvoir assurer les besoins en AEP des grandes villes côtières du pays, car leur demande ne cessera pas de croître en raison de la poussée démographique».
Il convient de savoir enfin que l’eau de dessalement représente seulement 16% de l’offre des eaux conventionnelles et ne risque pas d’augmenter compte tenu que l’Algérie fait partie des pays classés pauvres en ressources hydriques au regard du seuil de rareté fixé par la Banque mondiale à 1 000 m3 par habitant et par an alors qu’aux dernières statistiques le ratio actuel du pays est de 420 m3/h/an. C’est pourquoi une nouvelle stratégie en matière de ressources s’impose. <