Le Directeur général de l’Algérienne des Eaux (AdE), Hocine Zair, a fait savoir, hier, sur les ondes de la Chaîne III, que le taux de remplissage des barrages avait baissé au niveau national à 44% de leurs capacités. Une situation jugée «inquiétante», qui a conduit à la mise en place d’une «stratégie» visant à continuer à «satisfaire les besoins d’alimentation et d’exploitation agricole et industriel».

Par Nadir Kadi
Ainsi Hocine Zair, sans employer le mot «rationnement», a annoncé qu’un nouveau «plan de distribution» pourrait être mis en place après la fin du mois de Ramadhan, «sauf bien sûr, si les réserves se reconstituent d’ici le mois de mai». Et cette stratégie «d’économie» a également été abordée dans la journée par le sous-directeur des services publics au niveau du ministère des Ressources en eau, Abdelaziz Ardjoum, qui a fait savoir que la stratégie de son secteur est «d’économiser l’eau pour pouvoir la proposer à l’ensemble de la population». Une politique d’autant plus difficile, ajoute le responsable, que «la ressource est inégalement répartie dans le pays».
En ce sens, le Directeur général de l’AdE explique que l’application de ces mesures ne sera «pas uniforme sur l’ensemble du territoire et des communes» mais décidée en fonction des «sources de mobilisation de l’eau». Le principal axe étant une «réduction des plages horaire de distribution (…) si cela ne s’améliore pas dans les deux mois à venir (…) les zones actuellement alimentées en eau entre 10H et 18H passerons à une alimentation entre 6H et 14H. Et dans certains cas, où le manque d’eau est impossible à compenser, il sera inévitable de passer à un jour sur deux». Des «restrictions» qui ne seront pas appliquées durant le Ramadhan, assure Hocine Zair : «Les instructions de la tutelle sont très claires. Nous allons certainement continuer à distribuer l’eau selon le programme actuel durant le mois de Ramadhan.» Elles pourraient toutefois être plus marquées dans les régions centre, ouest et sud du pays tout au long de la «saison estivale». Ainsi Abdelaziz Ardjoum, expliquant que les «3,5 milliards de mètres cubes actuellement retenus dans les barrages» sont principalement dans la région ouest du pays, «le taux de remplissage dans la région est de 68%» alors que «la région centre enregistre entre 22% et 29% de remplissage».

De nouvelles stations de dessalement
Responsable de l’ADE, qui nuance toutefois l’urgence de la situation en rappelant que le système d’alimentation en eau potable repose sur plusieurs sources : «Les barrages représentent 40% de l’alimentation en eau potable (…) Nous avons d’autres alternatives, l’eau de mer dessalée ainsi que les eaux souterraines grâce aux forages». Hocine Zair ajoute en ce sens que la dizaine d’usines de dessalement serait «prochainement» renforcée par de nouvelles unités. «Heureusement que nous avons 11 stations de dessalement qui produisent plus de deux millions de mètres cubes par jour (…) Ce sont des grandes stations en exploitation avec des investisseurs étrangers», explique le responsable, avant de souligner que «les pouvoirs publics viennent de confier la réalisation en urgence de quatre autres stations de dessalement à des entreprises publiques. Elles seront implantées au niveau de
Zéralda, Aïn Benian, Palm Beach et Bousmaïl».
Quant aux régions du Sud, le responsable estime que la solution reste l’exploitation des eaux souterraines. «L’Algérie a l’une des plus grandes réserves d’eau douce dans le monde, la nappe albienne. C’est près de 40 000 milliards de mètres cubes.
Nous pouvons utiliser annuellement l’équivalent de 5 milliards de mètres cubes (…) La nappe est déjà en exploitation avec une batterie de forages au niveau de In Salah pour alimenter In Salah et Tamanrasset». Et en ce sens, il a annoncé hier l’existence de plusieurs projets dans le domaine de l’eau. Abdelaziz Ardjoum, qui rappelle que le pays compte 80 barrages «d’une capacité totale de 8 milliards de mètres cubes», avait pour ambition de porter ce chiffre à «10 milliards de mètres cubes». D’autres projets d’usines de dessalement ont également été évoqués notamment deux projets de «300 000 mètres cubes par jour» chacun «à l’ouest d’Alger» et dans la wilaya de Taref, en plus d’une «station de 50 000 mètres cubes, extensible à 100 000 mètres cubes/jour au niveau de Béjaïa pour alimenter les communes nord-ouest de la wilaya».
Abordant, par ailleurs, la question d’une éventuelle augmentation du prix de l’eau dans le but de limiter la consommation, Hocine Zair fait savoir que cela «n’est pas du tout à l’ordre du jour». Le prix du mètre cube reste, en effet, largement subventionné par les pouvoirs publics. «Il est à 6,3 dinars en tarif de base, alors que le coût de production avoisine les 60 dinars, et même 200 dinars pour le système de production et d’alimentation entre In Salah et Tamanrasset», explique le Directeur général de l’ADE. Situation qui pèse par ailleurs sur les finances de l’agence, sur ses capacités d’investissement mais aussi sur la possibilité d’ouvrir le marché aux opérateurs privés. Il a par ailleurs été annoncé, hier, que l’ADE avait plusieurs milliards de dinars d’impayés, notamment auprès des administrations publiques : «L’ADE a aujourd’hui 15 milliards de dinars de créances au niveau des administrations, communes et collectivités locales.» Mais les plus grandes créances resteraient toutefois au niveau des particuliers. Et le responsable, sans donner d’estimation, a souligné que la situation s’était aggravée avec la crise de la Covid et l’instruction de ne pas procéder à des suspensions d’abonnement.