Par Bouzid Chalabi
La hausse des cours mondiaux des matières premières agricoles, qui risque de s’installer dans la durée compte tenu du contexte géopolitique actuel et ses retombées, pourrait à moyen terme mettre en mauvaise posture un pays comme le nôtre, dont les produits alimentaires qui composent l’essentiel du ratio alimentaire des Algériens sont importés. A moins qu’une stratégie axée sur les performances agricoles soit mise en œuvre dans l’immédiat. Une option que soutient l’agro économiste Ali Daoudi.
Pour ce dernier, qui s’exprimait hier à la Chaîne III sur les ondes de la Radio nationale, les performances agricoles visées sont d’un grand intérêt pour le pays dans le sens où «l’arme alimentaire est une menace brandie par les grandes puissances mondiales qui ont bien compris que la souveraineté agricole est un attribut qu’il faut maîtriser».
A l’entame de son intervention, le professeur à l’Institut national d’agronomie (INA/Alger) a déploré que les «plans d’action ayant pour objectif d’assurer la sécurité alimentaire du pays ont été exécutés sans vision claire et des moyens humains et financiers suffisants». C’est pourquoi l’invité de la Radio appelle à «augmenter le budget consacré au développement de l’agriculture et à l’utiliser plus efficacement, à travers une stratégie claire et des instruments évalués régulièrement pour l’élaboration desquels les agriculteurs doivent être impliqués.» Sur ce dernier point, Ali Daoudi a ajouté que «l’implication des acteurs du monde agricole dans l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie de développement du secteur permettra, en outre, de les intégrer, d’une part, dans la sphère de l’économie et d’autre part, et c’est là une priorité cruciale, d’améliorer les rendements agricoles dans nos exploitations».

Le risque de pénurie de blé exclu
A propos d’une éventuelle carence en termes de volumes importés de céréales, l’agro-économiste dira que la facture des importations des céréales primaires (blé tendre et dur) va connaître une hausse significative. Mais il estime que les gains consécutifs à la hausse des cours du pétrole vont permettre à l’Algérie de supporter l’envolée des prix des céréales qu’il a qualifiée «d’inédite».
Arguant par là : «Si depuis 2015 les cours se sont stabilisés autour de 150 dollars la tonne de blé, en 2021, le marché a connu une forte augmentation atteignant les 380 dollars, voire même les 400 dollars, à partir de février et mars derniers sous l’effet de la guerre en Ukraine.»
Abondant dans ce sens, «le contexte géopolitique actuel fait craindre le pire, c’est-à-dire provoquer des situations de recul de l’offre sur le marché mondial».
L’expert craint en outre que le conflit entre l’Ukraine et la Russie, deux grands pays producteurs de céréales et d’oléagineux, ne perturbe l’offre mondiale sur le marché.
Il s’inquiète également d’une annonce récente de la Chine concernant des conditions climatiques défavorables et d’une forte probabilité d’une faible récolte. Ce qui annonce, selon lui, «le retour de la Chine sur le marché mondial en termes d’achats». Si ces prévisions se confirment, «on risque d’avoir une demande supérieure de la Chine sur le marché mondial, même si, par ailleurs, les Etats-Unis ont rassuré, de leur côté, sur les tendances de la production pour l’année en cours», relève le Pr Daoudi.
Ce faisant, l’invité de la radio appelle à retenir des leçons. «Elles consistent d’abord en la fin définitive de la période d’abondance et de prix bas des produits agricoles sur le marché mondial».
A ce titre, le Pr Ali Daoudi prévoit «une hausse de la demande mondiale avec une offre
qui aura du mal à suivre et des crises de plus en plus fréquentes». Il appelle ainsi à se préparer à ce type de scénarios et recommande «la création d’une Agence de sécurité alimentaire». «Un organe qui serait indépendant, qui ne subirait pas la pression des décisions à court terme et pourrait accompagner les gouvernements successifs dans la mise en œuvre d’une stratégie agricole à long terme», a-t-il conclu.<