Ali Brahimi, coordinateur du «Manifeste pour une Algérie nouvelle» et signataire du «pacte de l’Alternative démocratique», estime que ce dernier est celui qui traduit le mieux les revendications portées par le mouvement populaire depuis le 22 février. Approché samedi, lors de la conférence tenue par l’Alternative démocratique, il a plaidé pour un processus transitoire et critiqué l’option de la présidentielle qui, à ses yeux, ne promet
pas le changement que réclame la rue.

Reporters : Quelle évaluation faites-vous de la rencontre de l’Alternative démocratique, en attendant la «convention nationale» et quels sont les objectifs du pacte de l’alternative démocratique ?
Ali Brahimi : La rencontre de samedi nous a permis d’abord de dénoncer l’interdiction de la conférence des forces du pacte pour la transition démocratique, prévue le 31 août. Elle pose un problème des libertés individuelles et collectives dans ce pays, où le peuple algérien a besoin d’un débat sérieux et transparent. Nous condamnons cette interdiction et nous comptons tenir la conférence nationale des forces de l’alternative, le 9 septembre prochain, autour des partis et de collectifs citoyens qui sont signataires de ce pacte. Les objectifs de la convention sont d’approfondir notre consensus, faire connaître au peuple algérien et aux citoyens le processus que nous avons choisi qui est très parasité. Au fond, c’est la voie de la transition démocratique, la voie d’un processus constituant qui permettra de déconstruire les éléments essentiels de reproduction du système policier pour asseoir un contexte libéré de toute répression et de tout contrôle policier, en mettant en place des institutions de transition qui vont permettre de sortir du système.

Quelle place occupe aujourd’hui les partis de l’Alternative démocratique ?
Fondamentalement, il faut arrêter de se référer aux divisions des années 90 de telle ou telle obédience idéologique. Aujourd’hui, il y a encore ceux qui veulent s’accrocher aux divisions idéologiques. Le peuple revendique aujourd’hui un Etat civil. Cette revendication marque la rupture avec l’Etat policier. L’Etat civil est plutôt l’inverse de l’Etat théocratique ou militaire. Pour moi, tous les partis politiques ont intérêt à s’unir sur ce que dit le peuple algérien chaque vendredi et mardi et essayer de donner une expression politique aux revendications du peuple qui sont très claires. Le pacte pour l’alternative démocratique est l’expression politique la plus proche des revendications du peuple. Il faut continuer à approfondir cette similitude avec les revendications des citoyens pour les accompagner positivement dans cette révolution.

Nous avons l’impression que les partis de gauche ou de l’Alternative démocratique ne sont pas assez présents sur la scène politique ou assez médiatisés, comme les partis islamistes ou nationalistes ?
A vrai dire, ce n’est pas mon impression. Le régime de Bouteflika a verrouillé totalement le champ politique au point de détruire les partis politiques et les organisations de la société civile. Le fait que les médias publics préfèrent médiatiser des partis et des courants plus que d’autres pose la question des libertés démocratiques à travers l’égalité de chance pour accéder aux médias lourds.

Pourquoi faut-il aller vers une période de transition ? Autrement dit, que répondez-vous à ceux qui plaident pour une présidentielle dans les plus brefs délais et qui ont peur des répercussions d’un processus de transition ?
Sortir du système ne peut se faire par une élection présidentielle (organisations et code électoral). La sortie d’un système politique autoritaire, qui date de 1962, demande d’abord l’installation d’un débat public dans la liberté totale, la consécration des libertés individuelles et collectives, la prise en charge de la question essentielle qui est l’instauration des institutions de l’Etat. Or, actuellement, nous n’avons pas d’institutions. Il n’y a plus d’institutions légitimes en Algérie. Nous, partisans de la transition, proposons un processus transitoire qui unit tous les partis et les citoyens pour pouvoir organiser la sortie du système vers une deuxième République.

N’existeraient-ils pas aujourd’hui des divergences entre les partis de la mouvance démocratique ?
Il y a des solutions et des détails sur lesquels il y a des approches différentes. Certainement. Mais, l’essentiel, ce qui nous unit aujourd’hui, c’est la nécessité d’une transition. Et d’œuvrer pour une transition constituante d’un nouvel ordre. Aujourd’hui, il y a deux grandes tendances qui se dessinent. La première veut aller vers l’élection présidentielle sans passer par une constituante. Ses partisans nous promettent que le prochain président fera les changements réclamés. Pour moi, ils ne veulent que perpétuer le système. La seconde tendance est celle qui veut traduire les revendications des Algériens. Qui disent au système «dégage ». Et exigent que le peuple algérien fasse lui-même son Etat démocratique.

Quelle lecture faites-vous des propos d’Ahmed Gaïd Salah sur les partisans du processus transitoire ?
Moi, je pense que le rôle de l’institution militaire est d’assurer la paix civile et d’accompagner positivement le peuple algérien. La souveraineté revient au peuple algérien. Le peuple est par millions dans la rue, il n’y a aucun doute là-dessus. L’Armée doit garantir le processus de la transition que revendique le peuple. Et non pas menacer les citoyens.