Par Khaled Remouche
La législation des changes, l’accompagnement insuffisant des opérateurs par l’Etat, les contraintes administratives sont autant de freins, actuellement, à une expansion des exportations algériennes vers ce pays et à l’exploitation des importantes opportunités d’investissement et d’échanges commerciaux offerts par un marché parmi les plus importants dans la zone Afrique-Moyen-Orient.
Après avoir souligné qu’il existe un fort potentiel de développement des exportations et des investissements algériens en Libye et applaudi à l’initiative du ministère des Affaires étrangères d’organiser, hier, le Forum algéro-libyen des affaires à Alger dans la perspective d’augmenter le volume des échanges commerciaux et économiques entre les deux pays à la faveur de la normalisation en cours de la situation politique dans ce pays voisin, Ali Bey Nasri, président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), n’a pas manqué de signaler qu’il convient de lever plusieurs barrières administratives pour espérer profiter des opportunités importantes d’expansion du courant des affaires entre les deux pays. Avant de citer ces contraintes, il a observé que la Libye est un important marché pour le secteur du BTPH. La plus grande partie de ses infrastructures a été détruite au cours de dix années de conflit. La Libye est également un important importateur de ciment, de ronds à béton et de matériaux de construction, des filières où l’Algérie réalise des excédents à l’exportation. Ce marché offre une opportunité pour le secteur du BTPH algérien de redémarrer après une période de veille due à la double crise économique et sanitaire pour peu que les diverses entraves à l’exportation de services et d’investissements soient gommées. Il a cité la réglementation des changes qui constitue toujours un important obstacle au développement des exportations et des investissements algériens à l’étranger. Il a reconnu la concurrence des Turcs, des Egyptiens et des Tunisiens sur ce marché.
Plusieurs fenêtres d’opportunité, mais…
«L’Algérie reste un fournisseur d’appoint de la Libye. Les exportations algériennes se développent alors que la Libye a des problèmes avec la Tunisie et l’Egypte», a-t-il observé.

L’Algérie a exporté pour 56 millions de dollars, la Tunisie pour 1 milliard de dollars, quant à la Turquie, elle est fortement présente. Elle compte bien profiter du marché important de la reconstruction de la Libye estimé à 100 milliards de dollars. Ses opérateurs bénéficient du fort soutien du gouvernement turc et sont libérés des contraintes administratives et de financement qui se posent aux entrepreneurs algériens quand ils veulent percer le marché libyen. Quant au commerce transfrontalier et le troc avec la Libye, « il est inexistant. Le poste frontalier de Deb Deb est fermé. Il faut donc un accord politique entre l’Algérie et la Libye pour ouvrir la frontière sur mille kilomètres. Il existe la possibilité d’ouvrir d’autres passages par route une fois la frontière ouverte. Cela constitue une fenêtre d’opportunité intéressante pour le développement futur des échanges commerciaux entre les deux pays », a-t-il assuré. A noter que le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum a annoncé, au cours de ce forum, l’ouverture prochaine de ce poste frontalier et d’une ligne maritime de transport de marchandises Alger-Tripoli.
Il n’est pas facile de se créer une place dans le marché de la reconstruction de la Libye estimé à 100 milliards de dollars, face à la concurrence, notamment de la Chine et de la Turquie. Par ailleurs, les produits électroménagers, électroniques et le médicament sont également des produits susceptibles d’être exportés en fortes quantités vers la Libye. Pour la première filière, se pose le problème du taux d’intégration qui n’est pas réglé. Une situation qui ne se pose nullement pour les opérateurs tunisiens ou turcs. Quant au secteur pharmaceutique, il faudrait, ajoute Ali Bey Nasri, que l’Algérie et la Libye règlent le problème de bioéquivalence.
Le secteur de l’énergie est également une source potentielle de développement des exportations et des investissements algériens. Sonatrach dispose de deux blocs pétroliers dans le bassin de Ghadames, en partenariat avec la compagnie libyenne NOC, où des découvertes de brut ont été réalisées. Le développement de ces gisements a été arrêté avec la détérioration de la situation sécuritaire en Libye. Sonatrach ne désespère pas de poursuivre leur développement avec la normalisation de la situation politique dans ce pays voisin. Le partenariat avec la compagnie libyenne pourrait également se développer. Mais une opportunité plus importante se présente avec l’offre de Sonelgaz. La compagnie nationale d’électricité a déjà contribué à la réhabilitation de centrales électriques libyennes endommagées lors du conflit. Elle a signé un accord avec la compagnie publique libyenne d’électricité pour des opérations de maintenance des installations électriques libyennes. Cette coopération pourrait se développer avec la réalisation par Sonelgaz d’installations électriques en Libye, soit une participation à la reconstruction de ce pays, l’exportation d’équipements et de services de Sonelgaz, telles que les turbines à gaz montées dans l’usine de Batna, en partenariat avec Général Electric en Libye, l’offre de formation des cadres libyens et d’assistance technique.
Une interconnexion envisagée entre l’Algérie et la Libye pourrait permettre l’exportation d’électricité algérienne en Libye et de sécuriser l’approvisionnement en électricité de ce pays.
Mais de grandes entreprises comme Sonatrach, Sonelgaz, Cosider, Gica, Faderco, notamment, ont besoin d’un accompagnement de l’Etat, d’une législation des changes plus souple et de la levée de toutes les contraintes administratives pour que les sociétés algériennes exportatrices de biens et de services puissent développer leur business non seulement dans ce pays mais également dans d’autres pays en Europe, en Afrique et Moyen-Orient et en Amérique du Nord.