Le ministre de l’Industrie pharmaceutique Ali Aoun a rassuré quant à la disponibilité des médicaments, notamment anticancéreux, en indiquant que le gouvernement travaille sans relâche pour garantir les traitements aux malades.

Par Sihem Bounabi
Ali Aoun a affirmé à ce sujet, dans un entretien accordé à la Chaîne III de la Radio algérienne, que le ministère de l’Industrie pharmaceutique «ne fuit pas ses responsabilités et 80% des médicaments utilisés en milieu hospitalier sont disponibles». Il reconnaît toutefois que «les 20% restants connaissent des tensions et des problématiques d’approvisionnement avec une répartition non équitable à travers le territoire». Il a tenu à préciser qu’«on peut certes parler de tension mais il n’y a pas de pénurie ni de rupture de médicaments hospitaliers».
La déclaration du ministre de l’Industrie pharmaceutique intervient suite au nouvel appel de détresse lancé récemment par les oncologues. Ces derniers affirment qu’au niveau du Centre Pierre-et-Marie-Curie (CPMC) à Alger, mais aussi au niveau des unités de traitement des cancéreux à Annaba, Tlemcen, Oran et Bordj Bou-Arréridj, les ruptures de médicaments anticancéreux perdurent. Ils citent notamment des médicaments entrant dans le traitement du cancer du sein, en rupture depuis le mois de septembre dernier, et les tensions récurrentes des traitements des enfants cancéreux dont les quantités disponibles sont insuffisantes pour garantir le bon déroulement du protocole thérapeutique, amenuisant ainsi les chances de guérison avec des conséquences dramatiques pour les cancéreux et leur familles.

Distributeurs pointés du doigt
Par ailleurs, concernant les perturbations de la disponibilité des médicaments au niveau des officines de ville, le ministre a pointé du doigt les pratiques illicites de certains distributeurs en confiant qu’ «il y a de nombreux intervenants qui perturbent la disponibilité à travers des pratiques condamnables, comme la vente concomitante et la rétention de stock». Il cite à titre d’exemple la dernière opération d’inspection de la tutelle qui s’est déroulée dans la wilaya d’El Oued avec quinze inculpations pour rétention de médicaments et d’expéditions frauduleuses vers les pays voisins, ainsi que le cas d’un milliard et demi d’insuline stocké pour être envoyé dans un autre pays. Il indique à ce sujet que la justice a commencé à sévir et va continuer contre tous ces phénomènes qui perturbent la disponibilité du médicament en Algérie». Il appelle ainsi à la responsabilité des professionnels du secteur en déclarant : «Je lance un appel à tous les distributeurs de jouer le jeu avec nous. Ils ont intérêt à le faire parce que tôt ou tard ils vont être découverts et sanctionnés.»
Insistant sur l’intransigeance de son département face à certaines pratiques malveillantes qui se propagent au niveau national et contribuent grandement à exacerber les tensions et les pénuries de médicaments. Le ministre de l’Industrie pharmaceutique déclare «la guerre permanente aux distributeurs frauduleux et au phénomène du cabas qui dépasse en ce moment la dimension de cabas, ce sont des conteneurs. Les médicaments introduits et vendus de manière illicite sur les réseaux sociaux constituent une menace sur la santé de nos concitoyens».
Il précise à propos de ces médicaments introduits en Algérie de manière frauduleuse que dans la majorité des cas ce sont des produits souvent périmés et qui ne sont pas dans la nomenclature nationale.
Par ailleurs, s’agissant de la promotion de la production nationale de médicaments et de produits pharmaceutiques, le ministre de l’Industrie pharmaceutique a souligné : «Nous allons prendre toutes les dispositions nécessaires pour lever les contraintes sur l’investissement et promouvoir l’industrie pharmaceutique nationale».
Il rappelle à ce sujet que parmi les mesures incitatives mises en place par son département, il y a notamment l’allongement de la durée des agréments provisoires de six mois à un an avec reconduction automatique, la suppression de la pré-soumission dans les procédures d’enregistrement des médicaments et l’annulation de l’obligation du taux d’intégration de 30 %.
Ali Aoun a annoncé dans ce sillage que prochainement d’autres dispositions seront levées et annulées de manière à alléger l’aspect bureaucratique de la production du médicament en Algérie. Le ministre tient toutefois à souligner que les mesures qui assouplissent les procédures pour investir dans le secteur du médicament sont toutefois conditionnées par le fait que «le produit doit être conforme aux normes et qualité et là-dessus, nous serons aussi intransigeants».