Certains engagements du 46e Président des Etats-Unis pourraient ne pas arranger les intérêts économiques de l’Algérie, selon des experts.

Les Algériens peuvent-ils pousser un ouf de soulagement à l’annonce, par les principaux médias américains, de la victoire de Joe Biden à la présidentielle ? Quelles sont les retombées du triomphe des démocrates aux élections du 3 novembre dernier sur l’économie nationale ? La réponse pourrait s’effectuer à l’aune des promesses électorales de Joe Biden et ses engagements contenus dans ses messages au peuple américain et à ses électeurs à la veille de l’annonce, par les médias américains, des résultats provisoires du scrutin qui le consacrent 46e Président des Etats-Unis, ainsi que dans son dernier discours accompagnant la liesse populaire. Il fait savoir que l’un des premiers engagements de Joe Biden, dès son investiture prévue le 20 janvier prochain, est le retour des Etats-Unis à la table des discussions et des négociations inhérentes aux accords de Paris sur le changement climatique. Le président Donald Trump avait décidé, rappelons-le, durant son mandat de retirer son pays de ce deal international destiné à réduire les émissions de gaz à effet de serre considéré comme la source principale du réchauffement climatique. Joe Biden est en faveur des énergies renouvelables. Dans son plan de relance doté d’une enveloppe de 2 000 milliards de dollars, le développement de ressources alternatives aux énergies fossiles et la maîtrise de l’énergie occupent une portion importante de son programme. L’Algérie, pays producteur de pétrole et membre de l’Opep, peut regarder a priori d’un mauvais oeil cette orientation qui risque de menacer ses revenus hydrocarbures à moyen terme. «Donald Trump avec ses positions proches du lobby pétrolier peut être perçu comme la meilleure option pour l’Algérie», soutient Noureddine Legheliel, spécialiste pétrolier, durant cette période transitoire qui peut être plus ou moins longue à l’avènement d’une économie nationale diversifiée. On peut dès lors, avec l’investiture de Joe Biden, avoir des appréhensions sur les futurs investissements américains dans le secteur des hydrocarbures. Il faut savoir qu’Exxon Mobil, Chevron parmi les plus grandes compagnies pétrolières dans le monde, s’étaient dits prêts à investir en Algérie pour peu que la nouvelle loi sur les hydrocarbures soit attractive et que les gisements proposés en partenariat avec Sonatrach soient intéressants. Avec Joe Biden, président des Etats-Unis, il faut espérer que la nouvelle politique américaine en matière d’énergie ne va pas influer sur les intentions des compagnies pétrolières américaines en matière d’investissement en Algérie. Car l’Algérie table en partie sur ces investissements pour développer des réserves importantes de pétrole découvertes autour de Hassi Messaoud rendues exploitables par l’apport des nouvelles techniques de forage que les Américains semblent maîtriser aisément.
Mohamed Keddad, fin connaisseur de la diplomatie économique, soutient que les choix des démocrates pour la mondialisation à travers le rapprochement avec l’Europe, ainsi que le primat des règles de l’OMC, en particulier, l’abandon du protectionnisme avec ses conséquences négatives sur des pays qui exportent peu hors-hydrocarbures comme notre pays, n’arrangent pas l’Algérie. Au-delà de ces craintes, l’Algérie a souvent adopté une politique étrangère pragmatique.
Pays pivot en Afrique du Nord, garant de la stabilité de la sous-région et d’une partie de l’Afrique subsaharienne, l’Algérie ne peut être perçue que comme un interlocuteur privilégié dans les dossiers géopolitiques libyens et maliens. D’autant que la diplomatie algérienne est, ajoute-t-il capable de travailler autant avec les Républicains qu’avec les démocrates. Ramtane Lamamra et Sabri Boukadoum pourraient par exemple servir à retisser les liens avec la nouvelle administration qui sera en place dès janvier prochain à la Maison-Blanche. Pour un objectif qui est loin d’être atteint : sortir les échanges économiques et commerciaux hors hydrocarbures des marges quasi structurelles dans lesquelles ils se trouvent depuis des décennies.
Il convient de rappeler, enfin, que l’initiative Eizenstat lancée sous la présidence démocrate de Bill Clinton, qui consistait en un apport américain au développement économique intégré de l’Afrique du Nord, perçue par la partie américaine comme garant de la stabilité politique de la région, a été selon certains analystes reconduite par les républicains, mais en partie infime et très loin des objectifs affichés durant les années 1990 par son initiateur (Stuart Ezeinstat, ancien sous-secrétaire d’Etat au commerce).
On peut s’attendre, avec l’investiture de Joe Biden, à la continuité de cette politique. Ajoutons également les programmes qui ont été appliqués à la fois par les démocrates et les républicains au pouvoir, à savoir le système de facilitations commerciales qui encourage l’accès de produits algériens hors-hydrocarbures au marché américain, qui reste ouvert aux exportateurs algériens et le sera sans doute sous gouvernance démocrate. <