La création d’une zone de libre-échange prévue par l’accord d’association entre Alger et Bruxelles, principal partenaire commercial de l’Algérie, devrait entrer en vigueur le 1er septembre 2020. Pourtant, rien n’est moins sûr que la concrétisation imminente de ce traité jugé périlleux pour l’économie algérienne. Le gouvernement remet sur la table la revendication d’une nécessaire réévaluation de l’entente avec la partie européenne.

Lors du dernier Conseil des ministres dimanche dernier, le Président de la République a donné instruction au ministre du Commerce à l’effet «de procéder à une évaluation des accords commerciaux multilatéraux, régionaux et bilatéraux, notamment le dossier sur l’accord d’association avec l’UE qui doit faire l’objet d’une attention particulière faisant valoir nos intérêts pour des relations équilibrées», lit-on dans un communiqué rendu public à l’issue de ladite réunion. L’accord d’association avec l’Union européenne était entré en vigueur en septembre 2005, mais négocié début des années 2000, et devait déboucher à une zone de libre-échange, dont l’entrée en vigueur était prévue le mois prochain après avoir été ajournée à la demande d’Alger. Cette volonté clairement affichée par Alger, portant sur une révision de son accord d’association avec l’Union européenne, était inscrite en crayon-feutre dans le programme du gouvernement. Il n’y a pas uniquement l’accord d’association avec l’UE qui est à nouveau au centre des controverses sur son efficience et ses retombées, mais il s’agit également de revoir l’accord avec la zone de libre-échange arabe, dont les conséquences sur l’économie algérienne se sont traduites par des milliards de dollars de manque à gagner pour le Trésor. D’ailleurs, lors du Conseil des ministres de dimanche dernier, le chef de l’Etat a exhorté le gouvernement de se préparer à la mise en œuvre de la Zone africaine continentale de libre-échange, notamment «en affinant la question des règles d’origine, en tirant, en cette matière, des enseignements de notre expérience avec la Zone arabe de libre-échange». Ce n’est un secret pour personne, les accords de libre-échange, mal négociés en amont, se sont révélés hautement préjudiciables en aval avec, comme conséquence, une mise à mal de l’appareil national de production, des pertes importantes en recettes fiscales et un faible retour sur investissement en matière de transfert technologique et de savoir-faire. La nouvelle Directrice de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie, Wahiba Bahloul, a indiqué tout récemment que l’accord d’association avec l’UE a révélé que «le bilan fait ressortir une perte fiscale de 2 milliards de dollars, mais il y a quand même d’autres pertes, dont des dommages collatéraux qu’il va falloir recadrer». Selon elle, «tout le chapitre relatif à l’investissement n’a pas été pris en charge». La directrice de la CACI était encore plus sévère lorsqu’il était question de parler des retombées de la zone arabe de libre-échange sur l’économie algérienne. «Nous avons pris le train en marche et il nous a été demandé de l’appliquer immédiatement, alors que nous n’étions pas préparés», a-t-elle souligné, appelant à une révision nécessaire de ces accords en impliquant les opérateurs économiques. Ce n’est pas la première fois qu’Alger soulève la question de la remise en cause de son accord avec l’UE, tant il est vrai que le déséquilibre des avantages est pour le moins criant entre le partenaire européen et l’Algérie. Le Président Tebboune avait déjà, il y a quelques mois, recommandé au gouvernement de faire une «évaluation rigoureuse et objective» des effets des accords commerciaux déjà conclus ou ceux encore en discussion sur l’économie nationale, tout en soulignant que la politique du commerce extérieur doit faire l’objet de mécanismes de concertation sectorielle plus renforcés. Le ministre délégué au Commerce extérieur, Aïssa Bekkai, avait indiqué, lui aussi, que l’Algérie était en droit d’en extraire les règles au sujet de l’accord d’association avec son principal partenaire commercial. Il a souligné que la révision de certaines dispositions dudit accord était urgente, d’autant qu’à partir de septembre 2020 de nombreux produits issus de l’espace européen et destinés à l’exportation vers l’Algérie ne seront soumis à aucun tarif douanier.