Dans un rapport d’évaluation provisoire, dont les travaux ont été conclus en mars dernier, en attendant le rapport final, prévu dans quelques semaines, l’Union européenne fait le bilan de six de ses accords d’association, dont celui conclu avec l’Algérie et mis en œuvre depuis septembre 2005.

Il s’agit, plus précisément, d’un rapport qui fournit une évaluation de l’impact des chapitres commerciaux des Accords d’association euro-méditerranéens avec six partenaires (Algérie, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc et Tunisie). L’analyse statistique commandée par la Commission européenne, et qui arrive à un moment où Alger revient à la charge pour réclamer une évaluation de l’accord d’association, montre que les défis de la coopération euro-méditerranéenne ont évolué au fil du temps et varient selon les secteurs. Malgré les taux tarifaires appliqués par l’UE sur certaines importations, les marges dont jouissent, par exemple, l’Égypte et la Jordanie sur le marché de l’UE ont augmenté pour les produits d’origine animale, végétale et alimentaire. Cependant, les marges préférentielles ont diminué pour les mêmes catégories de produits pour l’Algérie et la Tunisie. Le rapport de l’UE fait constater également que depuis l’entrée en vigueur des accords d’association visés par cette évaluation, les PME ont bénéficié d’avantages tarifaires lors de l’exportation vers le marché de l’UE. Les avantages ont néanmoins diminué depuis l’entrée en vigueur des accords avec la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, alors qu’ils ont augmenté pour l’Égypte et la Jordanie et est resté inchangé pour le Liban. «L’évolution de l’accès au marché européen pour les pays tiers suggèrent également l’existence d’incitations économiques», lit-on dans ledit rapport qui précise que cela «semble plus probable pour le Maroc, la Tunisie et, dans une moindre mesure, pour l’Algérie». Plus explicite, l’évaluation commandée par la Commission européenne conclut que l’accès aux marchés de l’UE s’est amélioré dans les secteurs agricoles pour l’Égypte et la Jordanie et, dans une moindre mesure, pour le Maroc. «L’Algérie, le Liban et la Tunisie de l’autre part ont vu leurs marges de préférence tarifaire diminuer dans ces secteur».
Dans les secteurs industriels tels que la pierre et le verre, les machines et le matériel électrique, le matériel de transport et les produits divers, des augmentations des marges préférentielles ont été enregistrées pour l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie et le Liban tandis qu’une situation de statu quo, voire de petits changements négatifs ont été enregistrés pour le Maroc et la Tunisie. Cependant, côté exportation de l’UE vers ses partenaires de la rive Sud, les marges ont considérablement augmenté au profit de l’Union européenne, conclut le rapport. «En Algérie, l’augmentation du taux de croissance des exportations vers l’UE (hors exportations de pétrole) était beaucoup plus importante que celle des exportations vers le reste du monde tandis que les importations de l’UE et le reste du monde ont progressé à des taux similaires à ceux de la période précédant l’entrée en vigueur de l’accord d’association», lit-on dans le document. Celui-ci fait constater que la productivité du travail en Algérie reste inférieure à 50% des niveaux moyens de l’UE, ce qui signifie qu’en moyenne, les travailleurs de l’UE sont deux fois plus productifs que les travailleurs algériens. Les rédacteurs du rapport se sont référés aux indicateurs du Doing Business de la Banque mondiale qui suggèrent que «l’environnement des affaires en Algérie est le moins propice parmi les pays de la région».
Alger a toujours pris pour argument la faiblesse des investissements européens en Algérie pour justifier ses demandes répétitives de réévaluation de l’accord d’association conclu avec son principal partenaire commercial. De toute façon, puisque l’accord est remis en cause, du moins dans sa partie commerciale et flux des investissements, il serait peu probable qu’une zone de libre-échange puisse être ouverte entre les deux partenaires en septembre. n