Par Feriel Nourine
Si les visites échangées depuis toujours entre les hauts responsables politiques algériens et turcs ont tendance à se multiplier, ces dernières années, c’est manifestement pour s’inscrire dans cette dynamique de déploiement de part et d’autre, qui vise à renforcer les relations entre les deux pays et, partant, booster leur coopération élargie à tous les domaines.
C’est, en effet, dans cette logique de consolidation de liens bilatéraux qu’est intervenue la toute fraîche visite à Alger du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Laquelle a cependant cette particularité d’être arrivée dans une conjoncture marquée par un deuil commun des deux peuples sous l’effet des incendies ravageurs qui ont frappé chacun des deux pays, causant un lourd bilan en pertes humaines et matérielles. En plus des feux de forêt, la Turquie vit aussi le drame d’inondations dévastatrices, faut-il le souligner.
Or, si ce type de dures épreuves devait avoir un impact sur les relations algéro-turques, ce serait sans doute celui d’être un paramètre supplémentaire de rapprochement et de convergence de points de vue et d’orientations entre Alger et Ankara, avec des perspectives de coopération encore plus accrues, notamment sur les registres diplomatique et économique.
C’est ce qui s’est d’ailleurs dégagé, en guise de nouvelle confirmation de raffermissement de liens, de la présence du chef de M. Cavusoglu en terre algérienne, samedi et dimanche. Effectuée dans un contexte où la scène régionale et internationale vit au rythme de dossiers brûlants qui sollicitent, comme de coutume, une coopération diplomatique entre les deux pays, cette visite a été l’occasion pour le ministre turc des Affaires étrangères de réaffirmer la convergence de vues entre la Turquie et l’Algérie sur ces dossiers, soulignant le rôle important de l’Algérie dans la défense des intérêts de la région. Il s’est exprimé en ce sens à la presse à l’issue de sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, insistant sur cette «convergence totale» évoquée entre les deux responsables, notamment dans le cas de la Libye, la Tunisie et la région du Sahel, a-t-il souligné. «Nous sommes parvenus à un accord en vue de travailler et coopérer sur toutes ces questions», a ajouté le chef de la diplomatie turque, non sans mettre en exergue «le rôle primordial de l’Algérie dans la défense des intérêts de la région». C’est pourquoi, d’ailleurs, il a fait part de la volonté de son pays de «poursuivre la coopération avec l’Algérie pour garantir la sécurité et la stabilité dans l’ensemble de la région».
De son côté, M. Lamamra a indiqué avoir passé en revue avec son homologue turc «un certain nombre de questions ayant trait aux crises et aux foyers de tension, au motif que l’Algérie et la Turquie souhaitent apporter des solutions et rapprocher les points de vue entre les parties en conflit, afin d’ouvrir de larges perspectives pour atteindre les objectifs et les principes de la Charte des Nations unies». «L’établissement d’un Etat indépendant de Palestine avec El-Qods pour capitale demeure le cœur battant de notre coopération, notre concertation et notre coordination dans divers fora internationaux», a-t-il soutenu.
Pour davantage d’investissements turcs
Outre les questions régionales et internationales, la visite en Algérie de M. Cavusoglu a été une occasion pour les deux parties d’aborder la coopération économique bilatérale. Celle-ci étant appelée à évoluer en droite ligne avec les objectifs tracés depuis la visite effectuée l’année passée par le président turc Recep Tayyip Erdogan en Algérie, et qui a vu la création d’un Conseil de coopération de haut niveau algéro-turc dont la première rencontre devrait se tenir prochainement, a-t-on souligné.
Lors de cette visite, le chef de l’Etat avait affirmé que son pays allait porter ses investissements en Algérie à 10 milliards de dollars, contre 5 milliards actuellement. A ce propos, M. Lamamra n’a pas manqué l’occasion de la présence en Algérie de son homologue turc pour appeler à davantage d’investissements en Algérie, exprimant sa satisfaction. «Nous avons exprimé notre satisfaction de la vision ambitieuse du partenariat algéro-turc, au moment où nous estimons qu’il est nécessaire de réaliser davantage d’investissements turcs, au vu des potentialités de l’économie algérienne et des réalisations de l’économie turque.»
M. Lamamra a, en outre, expliqué que «les nouveaux investissements peuvent être orientés vers les secteurs de l’agriculture, des mines et du tourisme, car la Turquie a une grande expérience dans ce domaine». A ce propos, le chef de la diplomatie algérienne a dit : «Nous sommes parvenus à la conviction que les orientations données par les deux Présidents, MM. Abdelmadjid Tebboune et Recep Tayyip Erdogan, lors de leur rencontre en janvier 2020, ont aidé les deux gouvernements à cristalliser les bases de ce partenariat stratégique ainsi que les objectifs fixés à chaque étape de sa mise en œuvre.» n