S’il fallait établir un classement d’entreprises qui consomment le plus de PDG, Algérie Télécom se positionne certainement dans les premières loges. L’entreprise publique de télécommunications ne cesse, en effet, de changer de responsable à sa tête à travers une succession de limogeages et de nominations qui n’en finissent pas.

Par Feriel Nourine
La dernière opération du genre est intervenue dimanche, à travers l’intronisation d’un nouveau patron aux commandes d’AT, en l’occurrence Adel Ben Toumi. L’annonce a été faite par le ministère de la Poste et des Télécommunications par un communiqué laconique. «Suite à la réunion de l’Assemblée générale et du Conseil d’Administration de l’entreprise Algérie Télécom, tenue ce dimanche 6 février 2022, il a été procédé à la nomination de M. Adel Ben Toumi en tant que Président-Directeur général de Algérie Télécom», a indiqué le communiqué, sans expliquer pourquoi ce changement a été effectué.
Avant d’atterrir à AT, M. Ben Toumi évoluait dans un autre secteur, celui des hydrocarbures, où il occupait le poste de conseiller principal du PDG de Naftal. Il remplace à son nouveau poste Chaouki Boukhezanin, nommé pourtant il y a à peine 4 mois, le 3 octobre 2021. Ce dernier a remplacé Hocine Halouane, dont le passage à la tête de l’entreprise des télécommunications aura été également de courte durée, soit une année, dans la logique des périodes accordées aux responsables qui l’ont précédé ces dernières années.
Or, si M. Boukhezanin a été investi du poste de PDG de Naftal après l’arrivée d’un nouveau ministre du secteur, Karim Bibi Triki, en juillet dernier, M. Helouane avait pris ce poste sous l’ère du ministre Brahim Boumzar. Ce dernier avait été à la barre technique de l’entreprise afin d’«insuffler une nouvelle dynamique aux établissements publics relevant du secteur à l’effet d’améliorer les services prodigués aux citoyens en matière de télécommunications et relever les nouveaux défis qui se posent au secteur», avait souligné le communiqué de la tutelle lors de sa nomination, le 1er septembre 2020.
Pour cette nouvelle nomination, le ministère n’a pas jugé utile de fournir les raisons qui l’ont provoquée. Mais cette décision pourrait bien avoir été motivée par un échec constaté par la tutelle au niveau d’AT. Si c’est le cas, la question se poserait une nouvelle fois sur les critères de sélection auxquels recourt le ministère de la Poste et des Télécommunications pour nommer les hauts responsables à des entreprises dont il a la charge. Ceci d’autant que l’actuel ministre est un connaisseur des lieux pour avoir exercé, lui aussi, en tant que PDG d’AT de septembre 2020 jusqu’à la date de sa promotion de ministre du secteur.
Une chose est certaine, nouvelle nomination ou pas, changement de personne ou pas, les défis restent entiers pour le groupe Algérie Télécom dont la mission est publique par excellence, mettant constamment ses responsables face aux constats de la clientèle, que ce soit des particuliers ou des entreprises économiques. Ces derniers demeurent insatisfaits des prestations en matière de téléphonie et, surtout, d’internet fixe. En dépit des progrès réalisés dans le renforcement du débit internet, l’offre reste en deçà des attentes des consommateurs. Ce débit reste insuffisant pour les ménages, et carrément insignifiant pour une majorité d’entreprises dont les prestations relèvent du numérique. Naviguant en solo dans l’offre internet fixe, AT n’arrive pas à assumer ce rôle, privant ainsi l’offre d’une concurrence qui ne ferait que du bien aux réseaux mis en place et permettrait au consommateur de jouir d’un meilleur service. C’est pourquoi l’un des défis du secteur est de libérer internet du monopole.