Le vice-président du Conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères du Qatar effectue, depuis hier, une visite en Algérie. Cheikh Mohamed Ben Abderrahmane Al-Thani, qui poursuit son séjour aujourd’hui dans notre pays, aura, selon le communiqué de la diplomatie algérienne, des entretiens avec son chef Abdelkader Messahel.

Les deux parties, d’après le même document, « examineront les relations bilatérales algéro-qataries ». Elles passeront également en revue les derniers développements que connaît la région arabe notamment la situation à El-Qods occupé ».
Aucune indication n’a, donc, filtré hier sur le déplacement du responsable qatari à Alger. Le message de félicitations que le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, a envoyé à l’Emir du Qatar Cheikh Jassem Mohamed Al Thani à l’occasion de son accession au pouvoir contient quelques indices pour le moins intéressants.
Ces derniers tendent à montrer que la relation entre Alger et Doha connaît une amélioration certaine, en particulier sur le plan politique et géopolitique, la question économique paraissant être normalement régulée par les investissements des groupes qataris dans de nombreux secteurs tels la sidérurgie.
Dans son message, le président de la République salue le « niveau exceptionnel » des relations bilatérales entre l’Algérie et le Qatar. On sait que l’une des vertus ou caractéristiques du langage diplomatique, surtout quand il est tenu par des chefs d’Etat, est de polir les aspérités. Mais tout de même. Il y a dans le vocabulaire présidentiel de M. Bouteflika des éléments nouveaux qu’on n’a pas vu auparavant, affirment les observateurs.
Kamel Rachedi, professeur de droit et relations internationales à l’université d’Alger, rappelle à ce titre que les relations entre Alger et Doha « n’ont pas tout toujours été tranquilles même si les deux parties ont toujours veillé à ce que leurs divergences, parfois profondes s’agissant de certains dossiers, deviennent publiques ».
L’universitaire ne « veut pas remonter loin dans l’histoire et rappeler l’épisode Al Djazira durant les années 1990 ». Il veut «juste rappeler par exemple les divergences provoquées entre les deux parties par la question libyenne ». Il rappelle à ce titre que Doha a déployé une force militaire en Libye pour abattre le régime de Kadhafi et qu’« on connaît les résultats catastrophiques de cette intervention » contre laquelle l’Algérie avait prévenu.
Le professeur de droit et des relations internationales nuance, cependant, son propos en rappelant que la relation algéro-qatarie « connaît une amélioration sur le plan économique ». Ce processus, souligne-t-il, s’est «accentué » depuis que la diplomatie algérienne, « non sans difficulté et prise de risque », a décidé d’opter pour une position de « neutralité critique » vis-à-vis du contentieux opposant Doha aux monarchies du Golfe, l’Arabie saoudite en tête.
La décision de l’Algérie de ne pas soutenir l’Arabie saoudite dans sa « guerre » contre le Qatar et tenter une médiation de rapprochement entre les deux monarchies, qui ont rompu leurs relations en juin dernier – à l’initiative de Ryad – a permis à l’Emirat de « reconsidérer » sa relation avec notre pays, selon M. Rachedi.
Est-ce l’annonce d’une « lune de miel » entre Alger et Doha ? Le chef de l’Etat parle de « niveau exceptionnel » de leurs relations. Il s’agit d’en suivre l’évolution dans les mois prochains.