Le montant de liquidités retirées dans les bureaux de poste a dépassé les 374 milliards de dinars en juin dernier, a fait savoir, hier, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Brahim Boumzar. Ce dernier a tenté, à l’occasion, de rassurer les citoyens sur les dispositions prises par son département pour assurer la disponibilité d’argent liquide au niveau des structures concernées en cette période marquée par une demande accrue en prévision des grosses dépenses de l’Aïd El Adha.

«Plus de 374 milliards de dinars ont été retirés des bureaux de poste en juin dernier», a, en effet, révélé M. Boumzar sur les ondes de la Radio nationale, avant de qualifier ce montant d’«énorme». Il précisera que «sur les 374 milliards de dianrs retirés au niveau des bureaux de poste, plus de 73 milliards de dinars l’ont été au niveau des distributeurs de billets de banques d’Algérie Poste et des guichets automatiques bancaires».
Sur l’ensemble du premier semestre 2020, «plus de 84 000 opérations monétiques ont été effectuées», à travers les réseaux postal et interbancaire», a-t-il ajouté. Le premier responsable du secteur a rendu compte de ces chiffres alors que ceux du mois de juillet semblent être bien partis pour monter plus. C’est en tous les cas ce que suggèrent comme prévisions ces interminables chaînes humaines qui continuent à se former devant les bureaux de poste pour les retraits d’argent. On constate même qu’en cette période, où il est conseillé de redoubler d’effort en matière de distanciation physique face à l’avancée inquiétante du coronavirus, une bonne partie des Algériens a choisi de se déplacer vers ces lieux. Et cette tendance s’est renforcée ces derniers jours, comme chaque année à l’approche de l’Aïd El Adha. Sauf que pour cette année, les queues, comme tout autre regroupement du genre, sont devenues un espace privilégié par le virus de la Covid-19 pour se propager, notamment lorsqu’il peut profiter de la baisse de garde et du non-respect des mesures barrières chez le même citoyen.
En fait, la ruée vers les bureaux de poste pour les retraits de liquidités n’a pas attendu cette période d’Aïd El Adha pour se manifester. Elle a commencé dès les premiers jours qui ont suivi l’arrivée de la pandémie en Algérie, en mars dernier. Dans une configuration de panique sans précédent, et dans un réflexe presque de survie financière, les Algériens avaient alors retiré près de 80 milliards de dinars en l’espace de cinq jours seulement, vidant ainsi les caisses d’Algérie Poste. Cette situation s’est faite lourdement ressentir par la suite, et même jusqu’à ce jour à travers les difficultés rencontrées pour les retraits, notamment pour les grosses sommes d’argent. Ceci d’autant que l’opération retraits massifs s’est depuis poursuivie, quasiment sans répit.
Ce qui n’empêche pas le ministre de se montrer «rassurant» sur la disponibilité des liquidités. «Je tiens à rassurer les citoyens de la disponibilité des liquidités au niveau de l’ensemble des bureaux de poste répartis à travers le territoire national», a-t-il déclaré, soulignant que «des mesures ont été mises en œuvre en collaboration avec la Banque d’Algérie pour une meilleure prestation de service». Sauf que la Banque d’Algérie se trouve, elle-même, face à un sérieux problème de liquidité bancaire, celle-ci s’étant contractée de plus de 180 milliards de DA à fin mai 2020 par rapport à la fin 2019, pour passer sous le seuil de 1 000 milliards de DA, avait-elle indiqué début juin dernier.
Dans son compte rendu sur la situation économique du pays durant le premier trimestre 2020 et les perspectives d’évolution, la Banque centrale a précisé que «la liquidité globale des banques a poursuivi sa baisse en 2020, passant de 1 557,6 milliards de dinars à fin 2018, à 1 100,8 milliards de dinars à fin 2019, pour atteindre 916,7 milliards de dinars à fin mai 2020, soit une contraction de la liquidité bancaire de 184,2 milliards de dinars par rapport à son niveau enregistré à fin 2019».
Cette évolution n’est pas sans risques sur le financement de l’économie nationale à un coût raisonnable. D’où le recours par la Banque centrale à la réduction du taux de réserve obligatoire de 10% à 8% et d’abaisser de 25 points de base (0,25%) le taux directeur de la BA pour le fixer à 3,25%, depuis la mi-mars dernier.
«Il y a un sérieux problème de management»
Concernant l’opération de généralisation de l’internet très haut débit FTTH (fibre optique jusqu’au domicile) dans le pays, il a indiqué que ce projet, entamé en mai dernier à Alger et Constantine, vise à assurer un débit internet stable et de qualité. Interrogé sur le retard mis pour l’achèvement de l’opération pilote, M. Boumzar a répondu qu’«un ministère fait de la politique et que ce sont les opérateurs qui doivent agir, qui doivent assumer leurs responsabilités». «Si on nomme des managers, c’est d’abord pour faire remonter des solutions pas des problèmes. Il y a un sérieux problème de management, je dois le dire et aujourd’hui on ne rend pas service à nos opérateurs à travers cette situation monopolistique qui s’est installée», a-t-il dit.
S’agissant de la bande passante internationale, il a indiqué que, pendant le semestre dernier, des «pics historiques jamais atteints avaient été enregistrés». «Pendant le confinement de la population dans le cadre de la lutte contre le coronavirus (Covid-19), nous avons augmenté la bande passante internationale qui est passée de 1,6 Téra à 2,07 Téra, et nous allons encore la relever pour garantir un débit internet respectable».
Le ministre a eu à répondre également sur le déploiement de la 5G. Il dira que «l’Algérie, à travers l’Agence nationale des fréquences (ANF), est en train de travailler sur la partie fréquence» et que son département est «en train de voir quelles sont les bandes de fréquences qu’on doit libérer pour la 5G, mais aussi les normes qui vont être adoptées dans ce sens». n