Après la grève surprise des employés aux bureaux et guichets publics d’Algérie Poste, lundi 12 avril, veille du Ramadan, la direction de l’entreprise mastodonte a réagi hier à ce mouvement. Elle annonce la reconnaissance partielle d’une partie des revendications des postiers en colère et conditionne la prise en charge d’une autre partie par la mise en place d’un syndicat représentatif. L’effet du mouvement social, qui s’est poursuivi hier, a fait descendre le ministre du secteur, Brahim Boumzar, dans un des bureaux du quartier « 1er mai » d’Alger pour rassurer le personnel en colère.

Par Khaled Remouche
La Direction d’Algérie Poste a tenté, hier, dans un communiqué rendu public sur Facebook, d’apaiser le mécontentement des travailleurs de la société publique, qui ont débrayé lundi dernier pour protester contre leurs conditions de travail et le non-versement de différentes primes soulevé depuis plusieurs années. Le ton du texte est conciliant. La Direction, après avoir exprimé dans un appel aux postiers et postières, son souci d’améliorer les conditions de travail et de prendre en charge leurs préoccupations, a annoncé une mesure concrète, le versement de la prime d’encouragement aux travailleurs de l’entreprise au cours du mois de Ramadan comme habituellement, selon le communiqué. Quant aux autres revendications des grévistes, telles que le versement des primes de rendement individuel et collectif, des heures travaillées pendant le weekend, la réintégration des travailleurs suspendus ou licenciés, la régularisation des dossiers des postiers qui exercent des fonctions autres que celles définies dans les documents de nomination au poste, la Direction assure qu’elle a pris toutes les mesures pour les prendre en charge. Mais leur application sur le plan légal est suspendue à la nomination du syndicat d’entreprise et sa prise de fonction, avance la Direction. Le texte ajoute que cette dernière compte accélérer les choses pour que ce syndicat puisse activer dans les meilleurs délais et acter avec son partenaire la prise en charge effective des principales revendications des postiers.
La Direction se dit prête également à accompagner la formation des travailleurs pour qu’ils assument des responsabilités aussi bien à l’échelon local que central.
Ce texte montre implicitement que l’entreprise n’a satisfait que partiellement les revendications des travailleurs de la Poste. La Direction reconnaît que le problème du versement des primes et autres existe depuis plusieurs années sans qu’il soit réglé. Les postiers mécontents soulèvent pour certains le versement de la prime Covid promise en 2020 et le paiement du 13e mois. La Direction dans ce communiqué ne fait pas allusion à ces deux derniers points de revendication dont on ne peut savoir s’ils sont légitimes eu égard à la situation financière de l’entreprise qui n’est pas affichée.
La question est de savoir si les travailleurs divisés entre plusieurs syndicats procèderont à l’arrêt de la grève au cours des prochains jours après que la Direction les ait rassurés quant à la prise en charge de ces revendications. Il s’agit également de savoir si cette prise de fonction du nouveau syndicat va prendre du temps ou non et si les grévistes, qui sont pour nombre d’entre eux non syndiqués, sont en faveur de cette démarche de sortie de ce conflit social.
A noter que ce bras de fer prend en otage les usagers faute d’anticipation et de prévention de ce genre de conflit de travail par les Directeurs qui se sont succédé à la tête de cette entreprise, ces dernières années. La clientèle d’Algérie Poste est déjà pénalisée car confrontée aux problèmes de manque de liquidité. L’amélioration du service d’Algérie Poste ne figure lui aussi ni dans la plateforme de revendications des grévistes ni dans le communiqué de la Direction. Ce conflit social montre que la politique du dialogue en période de crise sanitaire et économique est loin d’être traitée. N’espérons surtout pas que ces grèves soient le prélude à la détérioration du climat social en 2021, alimentée par l’aggravation du chômage, effet de la pandémie et de la chute des prix du pétrole et de l’érosion du pouvoir d’achat de la majorité de la population en raison de la dévaluation du dinar, des dysfonctionnements du marché intérieur et des pratiques spéculatives, l’autre sport national.