Alors que la direction de l’entreprise a annoncé hier la reprise du service dans ses bureaux et guichets, les postiers grévistes ont répliqué et affirmé le contraire.

Par Khaled remouche
La grève arrive aujourd’hui à son sixième jour et risque de s’éterniser si un accord définitif n’est pas trouvé avec la direction de l’entreprise qui avait annoncé la fin du mouvement, hier, ou plutôt si les grévistes n’acceptent les propositions de solutions rendues publiques hier par leur tutelle. Dans sa réponse aux grévistes, la direction d’Algérie Poste a indiqué dans un communiqué avoir accepté d’accorder deux jours de repos à chaque postier, mais après le ramadan. Elle a également ajouté que la PRI leur sera accordée à hauteur de 25% du salaire de base et que la PRC le sera à hauteur de 15%. Elle affirme que la situation du personnel faisant fonction dans des postes qui ne leur sont pas destinés sera également examinée pour un éventuel règlement.
En gros, elle fait des concessions alors que s’est installée entre elle et les grévistes une guerre des communiqués et un bras de fer qui, s’il ne prend pas fin, pourrait prendre une autre tournure aujourd’hui avec la journée de versement des pensions de retraite, synonyme de rush sur les bureaux et guichets de poste. Va-t-on vers le pourrissement ou vers la fin d’un débrayage qui a surpris autant par sa soudaineté que par l’ampleur qu’il semble prendre ?
A cette question, la réponse pourrait intervenir dans les prochaines heures . La nouvelle semaine qui commence s’annonce, en effet, décisive quant à l’issue d’un mouvement qui révèle le grand malaise dans lequel se trouve aujourd’hui le personnel d’Algérie Poste qui doit s’exprimer sur les réponses de sa direction, sachant qu’il réclame son droit au repos du week-end, le paiement des primes individuelles et collectives (PRI et PRC) et la mise à jour d’une convention collective non appliquée depuis sa négociation en 2013.
Outre la menace de licenciement qui pourrait accentuer la tension actuelle ou avoir un effet de dissuasion sur les grévistes, on le verra durant les prochaines heures, les usagers ne pourront pas facilement accepter la poursuite de la fermeture des bureaux de Poste. Surtout en cette période de versement des pensions de retraite, confirmant le caractère sensible du service public de la poste et les risques de débordement d’une crise socioprofessionnelle qui, de source syndicale, «couve depuis des années».
La période du 18 au 22 de chaque mois est celle de la sollicitation en masse des guichets postaux par tous les séniors en quête de leurs allocations de subsistance. Va-t-elle faire réagir le département de tutelle ou même le gouvernement ? Les indices disponibles, hier, ne semblaient pas exclure cette éventualité. Pendant qu’Algérie Poste annonçait dans un communiqué la fin de la grève, les postiers grévistes à travers différentes régions du pays ont répliqué par un démenti. Photos à l’appui, ils ont affirmé qu’ils ont poursuivi la grève hier et qu’ils n’entendaient pas mettre fin à leur mouvement tant que leurs principales revendications ne sont pas satisfaites.
Depuis jeudi 15 avril, les choses se sont accélérées. Après un ton conciliant, la direction d’Algérie Poste s’est montrée intraitable et a menacé les grévistes de licenciement. «L’entreprise informe que dans le cas où les travailleurs grévistes ne reprennent pas leur travail sur le champ, la réglementation en vigueur sera appliquée, ce qui inclut un licenciement sans préavis», lit-on dans son communiqué.
Cet avis équivalent de menace a été publié après que la justice ait déclaré «illégale» la grève des postiers et au lendemain d’une réaction du ministre de la Poste et des Télécommunications Brahim Boumzar, exigeant du management de la Poste de prendre en charge les revendications du personnel, une déclaration qui a besoin de «suite concrète», a affirmé à Reporters une source syndicale autonome. Une réaction de prudence voire de méfiance. Mercredi, 14 avril, Algérie Poste avait indiqué que le comité national préparatoire de la conférence électorale du syndicat de l’entreprise avait été installé à la suite d’une décision du Secrétaire général de l’UGTA. Pour la direction, l’élection d’un nouveau syndicat est le préalable à la prise en charge des revendications principales des grévistes. Or, la majorité des postiers que des journalistes de Reporters ont interrogés ne se reconnaissent pas dans la représentation ugétiste et souhaitent d’abord, «après satisfaction de leurs revendications prioritaires dont le droit au repos hebdomadaire», ouvrir des discussions sur la représentation syndicale. Pour beaucoup, les syndicalistes UGTA «jouent le jeu» de la direction de la Poste.
Certains ne croient même plus à une quelconque crédibilité syndicale dans le secteur. Ils expliquent que c’est l’une des raisons principales du déclenchement de la grève sans préavis et «en dehors du cadre ordinaire». Face à cette situation, le syndicat national autonome des postiers (SNAP), qui se dit ostracisé et marginalisé, fait bonne figure et affirme chercher une issue pacifique à ce qu’il faut bien appeler une fronde des postiers. Il attend des signaux de la tutelle, qui n’ont pas semblé se manifester hier à l’heure où nous mettions sous presse. Le risque de pourrissement, semblable à celui que le secteur a connu en 2013, année où les postiers ont arrêté le travail pendant vingt jours, semblé écarté avec le dernier communiqué d’Algérie Poste mais il n’est jamais à exclure au vu du mauvais climat relationnel entre la direction et les salariés . A moins qu’une médiation s’opère rapidement pour l’intérêt des deux parties en conflit et l’usager désormais placé dans la position du juge dont la colère peut inciter l’autorité politique du pays à réagir vite. Une hypothèse d’autant plus forte que le problème des «liquidités» abordé en Conseil des ministres n’a pas laissé de bons souvenirs. Les observateurs cyniques, et ils sont nombreux, rappellent que cette grève est «typique de l’anachronisme» dans lequel se trouve aujourd’hui le système algérien des paiements.
«Ce mouvement n’aurait pas eu le même effet si la carte de paiement et de retrait était généralisée», dira l’un d’eux. A suivre.