L’annonce par l’Algérie de se passer du gazoduc Maghreb-Europe (GME) est un coup dur pour le Maroc et son économie. Elle pourrait être à l’origine de la déclaration du Premier ministre du royaume, Saâd Eddine El-Othmani, et sa tentative de minimiser les déclarations de l’ambassadeur de son pays à l’ONU sur la Kabylie. M. El-Othmani a affirmé que la note verbale présentée par Omar Hilale, le 19 juillet 2021, «n’était pas une position politique, mais une réaction dialectique». Une «tromperie», a jugé l’ancien ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, Amar Belani.

Par Lyes Sakhi
D’une capacité de 13 milliards de mètres cubes, cette infrastructure gazière qui relie l’Algérie à l’Espagne et l’Europe via le Maroc et dont le contrat expire en octobre prochain permettait à ce pays d’alimenter ses centrales et de produire 17% de son électricité. Il permettait aussi aux autorités marocaines de toucher les montants des taxes liées au transit vers l’Espagne.
Avec la décision de l’Algérie de rompre ses relations avec le Maroc, ce pays va se retrouver amputé d’une ressource énergétique et économique, dont l’importance vitale a semblé faire réagir le Premier ministre marocain et motiver ses propos dilatoires sur l’initiative de l’ambassadeur Omar Hilale. C’est en tout cas l’avis de l’ancien ambassadeur d’Algérie à Bruxelles pour qui il ne fait aucun doute que M. El-Othmani, apeuré par les conséquences de la rupture du contrat sur le gazoduc Maghreb-Europe, «tente de tromper tout le monde par de fausses déclarations». Amar Belani, qui s’est exprimé sur Echouroukonline, a rappelé que le diplomate marocain à l’ONU a présenté à propos du prétendu «droit à l’autodétermination du peuple kabyle», une «note verbale officielle qui engage le roi et toutes les institutions de l’Etat marocain». Il s’agit donc, selon lui, de «fausses justifications» et de «fausses déclarations». Selon la même source, la déclaration d’El-Othmani fait partie des «réactions tous azimuts du Makhzen qui continue de mobiliser ses médias en vue de répondre de manière informelle à l’Algérie, à l’instar des récents articles qui parlent du refus de l’ambassadeur marocain en Algérie, Hassan Abdelkhalek, de se rendre au bureau du ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra».
«Ce sont des rumeurs infondées», commente l’ambassadeur Belani. «M. Lamamra est un fin diplomate de haut rang qui ne va pas penser à convoquer un ambassadeur qui n’est plus ambassadeur, depuis la seconde même où il a annoncé la rupture des relations diplomatiques», a-t-il déclaré. «L’ambassadeur du Maroc a été convoqué par l’Administration pour l’informer officiellement de la décision de rupture des relations», a-t-il précisé.
Pour rappel, l’annonce algérienne de fermer les vannes au Maroc a été annoncé jeudi 26 août, lors d’une rencontre entre l’ambassadeur du royaume d’Espagne, et ministre algérien de l’Énergie et des Mines. Mohamed Arkab y a affirmé «l’engagement total de l’Algérie à couvrir l’ensemble des approvisionnements de l’Espagne en gaz naturel à travers le Medgaz» qui relie directement les deux pays. M. Arkab a indiqué que l’Algérie a décidé par anticipation d’augmenter les capacités de ce gazoduc reliant directement l’Algérie à l’Espagne à travers la Méditerranée, entre Beni Saf et Almeria. Rabat a tenté de faire profil bas pour espérer renouveler le contrat du GME, mais en vain, l’Algérie ayant décidé de faire valoir ses intérêts stratégiques après avoir épuisé tous les recours politiques et diplomatiques, ainsi que l’a dit le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra à l’annonce de la rupture des relations avec le Maroc, mardi 24 août 2021.
Dans ce contexte, les initiatives de médiation semblent se multiplier. Hier, M. Lamamra a reçu un appel téléphonique de son homologue égyptien, Sameh Shoukry, au cours duquel ils ont évoqué les derniers développements de la situation sur la scène maghrébine», a-t-il signalé sur Twitter. Durant le même jour, le chef de la diplomatie a reçu un appel téléphonique du ministre saoudien des Affaires étrangères, l’Emir Fayçal Ben Farhane Ben Abdallah Al-Saoud. L’échange a porté sur «des questions régionales et internationales d’intérêt commun», a twitté M. Lamamra.«Une médiation arabe ou autre n’est pas envisageable, chaque partie doit assumer la responsabilité de ses actes» à l’heure actuelle, a prévenu l’ancien diplomate Abdelaziz Rahabi sur le site TSA.