Par Kahina Terki
Le déplacement du chef de la diplomatie, Ramtane Lamamra, du mercredi 25 au vendredi 27 août 2021, à Bamako, restera marqué par l’installation de l’ambassadeur d’Algérie dans la capitale malienne, Boudjemaa Delmi, à la tête du Comité de suivi de l’Accord (CSA) d’Alger, en remplacement de son collègue Boualem Chebihi, qui a assuré cette mission au cours des deux dernières années.
Cet évènement confirme l’engagement d’Alger en tant que chef de file de cet accord et de la médiation internationale à aider à la redynamisation du processus politique inter-malien devant conduire, en février 2022, à des élections à la fin de la transition en cours depuis le 18 août 2020. Cette implication algérienne a été, également, soulignée par la rencontre au siège de l’ambassade d’Algérie entre M. Lamamra et une vingtaine de dirigeants des Mouvements signataires de l’Accord auquel ils ont unanimement renouvelé leur attachement.
Lors de ses discussions avec son homologue malien Abdoulaye Diop, jeudi 26 août 2021, ce dernier a déclaré que « l’Algérie et le Mali regardent dans la même direction et cherchent des solutions endogènes aux problèmes communs ». « Nous avons la capacité de faire mieux quand nous travaillons ensemble », a indiqué Ramtane Lamamra, qui s’est réjoui que l’Accord d’Alger « continue à être le cap à suivre pour permettre au Mali de rompre définitivement avec les périodes ingrates de son histoire marquées par l’incompréhension entre ses fils ».
Signe supplémentaire de l’entente avec les autorités de transition, M. Lamamra a été reçu par le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga.
De source malienne, les échanges entre les deux hommes ont essentiellement porté sur la question sécuritaire. Choguel Kokalla Maïga a indiqué, selon la même source, que les priorités de la Transition est d’améliorer la sécurité sur l’ensemble du territoire national, la justice et la fin de l’impunité dans le pays ainsi que la refondation de l’Etat malien.
Pour le Premier ministre, l’Algérie doit être un élément essentiel dans la politique extérieure et sécuritaire du Mali. Il s’est dit convaincu que lorsque l’Algérie aura occupé toute la place qui est la sienne, cela aura un impact positif sur les questions sécuritaires dans notre pays. Un message qui devrait inciter la diplomatie algérienne à redoubler d’effort dans son soutien aux autorités de transition pour mettre fin à la parenthèse institutionnelle que vit le Mali.
L’engagement d’Alger
Le ministre des Affaires étrangères, qui s’est dit réconforté par la rencontre avec le Premier ministre malien, car convaincu que le partenariat stratégique entre l’Algérie et le Mali a désormais un défenseur en la personne du Choguel Kokalla Maïga, a été également reçu en audience par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. Au terme des échanges, Ramtane Lamamra a apprécié la disponibilité du chef de l’Etat pour développer davantage les relations entre les deux pays, aussi bien dans la coordination des actions quotidiennes que dans la projection des intérêts stratégiques communs. «De ce point de vue, évidemment, nous avons procédé à des échanges d’informations sur des thèmes d’intérêt commun…», s’est réjoui le chef de la diplomatie.
M. Lamamra a considéré que la paix et la réconciliation sont à portée de main, qu’il faut faire preuve d’audace, de courage politique, mais aussi de générosité et de responsabilité. «Je pense que les Maliens ont vocation à se retrouver et à vivre ensemble dans l’harmonie, la sécurité et la dignité», a-t-il déclaré à l’issue de l’audience. Le ministre des Affaires étrangères a conclu son programme par une visite au « Centre de l’Imam Mahmoud Dicko pour la paix et le vivre-ensemble dans les pays du Sahel » où il s’est entretenu avec le fondateur de ce Centre, l’Imam Mahmoud Dicko, ancien président du Conseil supérieur islamique du Mali et animateur principal du Mouvement M5. Les discussions ont porté sur la situation prévalant au Mali et dans l’espace sahélo-saharien ainsi que sur les efforts tendant à la promotion d’une culture de paix et de réconciliation pour mettre fin aux crises affectant la stabilité des pays de cette région.
Sans préjuger des développements à venir dans un pays confronté à d’importants défis politiques, économiques et sécuritaires (un attentat a coûté la vie à 17 soldats maliens), l’initiative du chef de la diplomatie de rappeler le soutien de l’Algérie au processus de normalisation politico-institutionnelle est un signe d’encouragement à des développements internes qui, eux aussi, semblent être marqués d’un sceau positif. Le 27 août dernier, en effet, les autorités maliennes ont levé « toutes les mesures restrictives » imposées aux anciens président et Premier ministre de transition Bah Ndaw et Moctar Ouane, « démissionnés » le 24 mai par les militaires. L’ancien Premier ministre de transition Moctar Ouane s’est « réjoui de recouvrer un droit essentiel consacré dans notre Constitution, celui d’aller et de venir », dans un communiqué vendredi soir. n