Le géant ENI est en train de consolider sa position en Algérie. Au point de devenir, selon le groupe italien, le premier partenaire de Sonatrach dans l’amont pétrolier avec une production de 100.000 barils/jour. Ce rendement et les achats en quantité exponentielle du gaz algérien par la firme au chien à six pattes crachant une flamme, son célèbre logo, sont éligibles à la hausse. Il y a de fortes chances qu’ils soient « actés » par un accord politique au plus haut niveau entre Alger et Rome. Cela pourrait intervenir à la visite du Premier ministre italien Mario Draghi, lundi prochain à Alger.

Par Khaled Remouche
Selon des sources médiatiques italiennes, M. Draghi devrait se déplacer en Algérie, lundi 11 avril, pour confirmer l’engagement stratégique d’ENI dans le secteur énergétique dans l’amont pétro-gazier algérien. Le dernier indicateur qui renforce ce scénario est la dernière visite du président de l’ENI, Claudio Escalzi, à Alger. Les discussions qu’il a eues avec son homologue de la compagnie nationale des hydrocarbures, Tewfik Hakkar, ont, en effet, porté sur la possibilité d’accroitre les exportations de gaz de l’Algérie vers l’Italie via le gazoduc Transmed. Elles ont eu également pour objet l’accélération des travaux de développement des gisements de Berkine nord et de Berkine sud : deux sites récemment découverts et qui renferment d’importantes réserves de pétrole et de gaz.
Ces découvertes de pétrole et gaz à Berkine nord notamment à Ourhoud II et Zemlet El Arbi et leur mise en production prochaine à partir de juillet 2022, grâce à un mode de développement accéléré, «fast track» en anglais, vont booster la production d’hydrocarbures.
Les réserves de Zemlet El Arbi sont estimées à 140 millions de barils équivalent pétrole. Celles de Berkine sud sont évaluées à 135 millions de barils équivalent pétrole. Le contrat signé à la mi-décembre 2021 pour son développement représente un montant d’investissement de 1,4 milliards de dollars US. Selon les observateurs, ce chiffre est synonyme du «vif intérêt», le terme a été utilisé par Claudio Escalzi lors de son entretien avec le ministre de l’énergie et des mines Mohamed Arkab, dimanche dernier, que montre ENI pour l’investissement dans l’amont pétro-gazier algérien.
D’après les mêmes observateurs, ce «vif intérêt» est acté par le fait que le géant italien est le premier grand opérateur international à conclure dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures un contrat de développement des gisements du bassin de Berkine, dans des périmètres où Sonatrach a déjà effectué des travaux importants.
Sur ce point, et selon une bonne source à Sonatrach, l’associé italien doit payer le coût des investissements effectués antérieurement par la compagnie algérienne. L’intérêt de ce partenariat réside également dans l’importance des enlèvements de gaz par Eni pour approvisionner le marché italien, faisant de ce groupe le premier client gazier de Sonatrach avec des livraisons d’environ 10 milliards de mètres cubes de gaz par an. Avec la crise russo-ukrainienne, ces ventes de gaz à l’Italie pourraient augmenter à court et moyen terme proportionnellement à l’augmentation des volumes de gaz qui seront produits par Sonatrach et l’Eni à Berkine nord.
Au chapitre du renouvelable, les perspectives de partenariat entre les deux parties sont également prometteuses puisque la feuille de route qu’elles ont convenu de suivre prévoient le développement de projets de ressources non fossiles. Il est à ce propos question de miser sur l’hydrogène et les biocarburants. Pour ce qui concerne la première ressource, l’Algérie, selon des spécialistes, est appelée à se transformer en opérateur de rang international et à être capable d’approvisionner le marché italien. Pour la seconde, des discussions sont lancées pour mutualiser les atouts des deux parties. Le risque est que le groupe italien détienne une position dominante dans le domaine minier national, nuancent des experts qui estiment que l’excellence du partenariat et de la coopération entre Sonatrach et ENI n’empêche pas le groupe algérien de diversifier ses relations et d’impliquer dans sa nouvelle politique de développement et d’investissement de compagnies déjà présentes en Algérie tels que Equinor, Total ou d’autres, absentes du domaine minier national tel que l’américain Chevron.
Mardi dernier, en recevant l’ambassadrice américaine Elizabeth Moore Aubin, le ministre de l’Energie et des Mines, M. Arkab, a annoncé , en guise de signal aux groupes énergéticiens US et internationaux, que l’appel d’offre pour l’exploration et le développement de gisements à destination des compagnies étrangères dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures sera lancé incessamment.
A cet égard, il s’agit de savoir si les mémorandums d’entente conclus avec notamment Exxon Mobil, Chevron, Total portant sur le développement de leurs investissements dans l’amont pétrolier en Algérie aboutiront à des accords fermes.