Le forum de haut niveau pour le dialogue en Méditerranée, Rome-Med 2022, qui a débuté le 1er décembre, a pris fin hier dans la capitale italienne. Ouvert par le président Sergio Mattarella, en compagnie du président du Niger Mohamed Bazoum, il a été clôturé hier par la présidente du Conseil des ministres Giorgia Meloni. La forte participation témoigne sans doute de la qualité de la relation bilatérale actuelle entre Rome et Alger.

Par Lyes Sakhi
L’édition organisée par le ministère italien des Affaires étrangères et l’Institut italien de sciences politiques (ISP) a été consacrée cette année sous le thème en anglais de «Weathering the storms» qu’on peut traduire en français par «passer» ou «traverser les orages» qui balaient le monde actuellement et qui sont la source de crises internationales graves. «Interdependance, resilience and cooperation» fait également partie de ce thème et vient en seconde partie de son titre qui explique que, face aux conflits et aux guerres, il y a des volontés et des opportunités de les résoudre aux échelles internationale et multilatérale.
Trois ministres algériens ont participé au Rome-Med 2022 au cours duquel plusieurs sous-thèmes relatifs à la sécurité, le terrorisme, la cybersécurité, le dialogue avec l’Otan, les questions libyenne et du Sahel, la guerre en Urkaine, les migrations, la coopération politique et énergétique entre le nord et le sud de la Méditerranée, les infrastructures, le climat et la jeunesse…
Il s’agit du chef de la diplomatie Ramtane Lamamra qui a pris part, vendredi 2 décembre, à un panel chargé de discuter des questions de «sécurité» et de «l’après-conflit ukrainien» et la nécessité de «remodeler» ou de «revoir» les «ordres internationaux» en cours. Un échange auquel ont participé entre autres ses homologues italien et jordanien, Antonio Tajani et Aymane Safadi. Il s’agit également du ministre de l’Energie et des Mines Mohamed Arkab sur les nouveaux paradigmes de la «sécurité énergétique» qui a débattu du sujet avec son homologue du Bahreïn, le numéro 1 de Kuwait Petroleum Corporation, le directeur général de l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena) et avec le patron de l’ENI Claudio Descalzi.
Yacine El-Mehdi Ouali, ministre de l’Economie, de la Connaissance et des Startups, a, lui, pris la parole dans un panel auquel a été échu le choix d’aborder la question de «l’investissement dans la région MENA (Moyen-Orient/Afrique du Nord) avec entre autres Lapo Pistelli, directeur des affaires publiques à l’ENI et Gelsomina Vigliotti, vice-présidente de la Banque européenne d’investissement.
Pour ce forum, qui a pris la Méditerranée comme thème à la fois central et générique pour aborder les problèmes et les enjeux concernant d’autres espaces géopolitiques, comme le Golfe persique et l’actualité iranienne par exemple, la participation algérienne a été forte. Elle témoigne sans doute de la qualité de la relation bilatérale actuelle entre Rome et Alger. Elle a permis au chef de la diplomatie Ramtane Lamamra de la considérer comme un «exemple» à suivre en Méditerranée.
Entre l’Algérie et l’Italie, a-t-il dit, «il y a un véritable pont de prospérité partagée». «Que cela soit dans le domaine énergétique ou le domaine industriel, nous avons des avancées considérables et des annonces pour l’avenir immédiat qui sont de nature à promouvoir cette relation et à lui donner une dimension encore plus stratégique», a-t-il ajouté, précisant que les deux pays ont aussi «des relations commerciales, des relations humaines et des relations culturelles».
M. Lamamra qui est intervenu dans un forum où, outre la question ukrainienne, il y avait à son programme le dossier du Sahara occidental (l’Envoyé spécial du chef de l’ONU Staffan De Mistura était présent à Rome) ainsi que celui de la Libye pour laquelle il y a eu des discussions à huis-clos auxquelles a pris part la ministre libyenne des Affaires étrangères, Najla Al-Mangoush, a apporté des précisions sur la politique étrangère algérienne en Méditerranée, en Afrique et partout dans le monde où l’Algérie est concernée.
L’Algérie joue «un rôle central» pour faire de la Méditerranée «véritablement l’un des pôles de la reconstruction du monde de demain» et «un rôle de puissance médiane qui travaille au développement de la région méditerranéenne». Elle a également «à faire en sorte qu’il y ait des solutions africaines aux problèmes de l’Afrique et des solutions arabes aux problèmes du monde arabe», a-t-il rappelé.
Au cours du débat sur la guerre en Ukraine, qui mobilise les Etats Occidentaux contre la Russie à coups de sanctions économiques sévères et par leur soutien militaire à Kiev, le ministre algérien a invité à réfléchir d’abord sur l’ordre mondial actuel et les règles qui régissent les relations internationales. Il a souhaité que la Charte des Nations unies qui condamne l’agression d’un pays par un autre doit être appliquée, «y compris lorsque nous parlons du phénomène de l’annexion d’un territoire par la force qui est dans l’actualité». «Si on n’arrive pas à appliquer un tel principe cardinal à des situations qui perdurent depuis des dizaines d’années, il se pose alors le problème de la crédibilité de la revendication de ce principe pour les zones du monde où il se pose avec acuité accompagné notamment d’un conflit armé particulièrement dévastateur». <