Les dossiers d’intérêts communs entre l’Algérie et la France sont appelés à reprendre leur droit dès le retour du président Tebboune au pays, au terme de son deuxième séjour médical en Allemagne pour des «soins complémentaires». C’est ce qui ressort de la communication téléphonique qu’a eue dimanche Tebboune avec son homologue français, Emmanuel Macron.

Ce dernier s’est enquis de l’état de santé de M. Tebboune, a souligné la présidence de la République dans un communiqué, relevant que M. Macron lui a exprimé «sa volonté de reprendre le travail de concert sur des dossiers d’intérêts communs».
«Le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a reçu, dimanche soir, un appel téléphonique de son homologue français, Emmanuel Macron qui s’est enquis de son état de santé et félicité de son rétablissement», a précisé la même source. Ajoutant que Macron a fait part de «sa volonté, dès le retour du Président Tebboune au pays, de reprendre le travail de concert sur les dossiers d’intérêts communs, notamment économiques, les questions régionales et le dossier de la Mémoire». Pour sa part, M. Tebboune a remercié son homologue français de «ses sentiments sincères, lui affirmant sa disposition à travailler sur ces dossiers une fois de retour en Algérie», a conclu le communiqué de la Présidence. Confirmant la communication téléphonique entre les deux dirigeants, l’Elysée a indiqué que Tebboune et Macron «sont convenus de se rappeler après le retour du président Tebboune à Alger».
En plus des questions relevant de la coopération économique entre les deux pays, la question mémorielle domine, ces jours-ci, les débats à la faveur notamment de la remise par l’historien, Benjamin Stora, de son rapport sur «les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie». M. Stora a proposé dans son rapport de constituer, en France, une commission «Mémoires et Vérité» et qui serait «chargée d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoires».
De son côté, le Directeur général des Archives nationales et conseiller chargé de la mémoire auprès de la Présidence, Abdelmadjid Chikhi, s’est interdit tout commentaire à ce sujet. «Je ne peux rien dire. Ce rapport ne nous a pas été adressé officiellement et nous ne pouvons pas réagir sur la base de ce qui a été rapporté par la presse. Les relations entre Etats ne sont pas gérées comme cela», a-t-il déclaré à El Watan, ajoutant que la partie algérienne va réagir dès réception du rapport «de manière officielle».
En attendant la réaction officielle des autorités algériennes, qui interviendra sans doute après le retour de Tebboune aux affaires, des historiens ont fait part de leurs différentes appréciations. «Il est important, à mon avis, de ne pas trop nous emballer ou entrer dans l’hystérie comme c’est le cas de certains médias. Nous, ce qui nous intéresse, c’est le rapport qui sera présenté par Abdelmadjid Chikhi au président Tebboune», a affirmé à Reporters, l’historien Amar Mohand Amer. Pour ce dernier, «la reconnaissance que la colonisation fut un crime contre l’humanité et une abjection permettra de lutter contre un révisionnisme qui prend de plus en plus d’ampleur en France sur le plan officiel et aussi dans l’université».
L’historien Mohamed El Korso a estimé, quant à lui, qu’avant «d’être une feuille de route pour des négociations sur des sujets sensibles entre l’Algérie et la France, dans la perspective d’une future réconciliation, pas seulement mémorielle, mais aussi politique, stratégique, scientifique, économique, culturelle… Il interpelle d’abord l’ensemble de la classe politique française à se réconcilier avec sa propre mémoire».
Stora n’a pas tardé à réagir aux avis exprimés sur son rapport défendant «une méthode qui privilégie l’éducation et la connaissance de l’autre». Dans une tribune, publiée hier dans le Quotidien d’Oran, l’historien français a écrit avoir «simplement proposé dans mon rapport une méthode qui est la mienne depuis longtemps : connaître les motivations, la trajectoire de tous les groupes de mémoire frappés par cette guerre dévastatrice, patiemment, pour faire reculer les préjugés et le racisme».
Pour Stora, «les discours d’excuses ne doivent pas être des mots prononcés un jour pour se débarrasser le lendemain d’un problème si profond», faisant part de son regret du «retard pris en France comme en Algérie sur ce travail d’éducation». Il a souligné, dans ce sens, que «face à une histoire complexe, mon rapport propose précisément une méthode qui privilégie l’éducation, la culture, par la connaissance de l’autre et de tous les groupes engagés dans l’histoire algérienne». <