Le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel, conduit dès aujourd’hui une délégation en vue de prendre part, à Paris, de la 2e session du « Dialogue bilatéral stratégique sur les questions politiques et sécuritaires » entre l’Algérie et la France.

La délégation algérienne est forte de hauts représentants des ministères des Affaires étrangères, de la Défense nationale et de l’Etat-major, de l’Intérieur et des Collectivités locales, de la Justice, de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication. Sans entrer dans les détails, un communiqué publié hier par le ministère des Affaires étrangères parle d’une réunion avec la partie française qui abordera la question de l’antiterrorisme, et plus globalement la situation sécuritaire au Maghreb et dans le Monde arabe. « Les deux délégations aborderont les questions sécuritaires régionales et internationales d’intérêt commun notamment celles liées aux développements de la situation en Libye, au Mali, en Syrie et au Sahel », écrivent les AE, ajoutant qu’il « sera procédé à un échange de vues sur les expériences dans le domaine de la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme dans les deux pays ». Mais sur place, Abdelkader Messahel, qui sera reçu au cours de son séjour par le ministre français des Affaires étrangères et du Développement international, Jean-Marc Ayrault, aura surtout des discussions avec le président de la délégation française, l’actuel Coordonnateur national du renseignement Yann Jounot, un personnage clé de la coordination des services de renseignements français, qui a fait parler de lui en 2013 en s’opposant au «tout-sécuritaire» dans la lutte contre la radicalisation et le terrorisme. Ce spécialiste des questions sécuritaires et ancien chef de cabinet au ministère français de la Défense au début des années 1990 a été l’auteur, en octobre 2013, alors qu’il était directeur de la protection et de la sécurité de l’Etat, d’un rapport, en partie publié par la presse, dans lequel il dénonçait déjà la politique du «tout-sécuritaire» dans la lutte contre le radicalisme. Publié depuis dans son intégralité (par le journal Mediapart), le rapport, qui avait été remis au Premier ministre français de l’époque, Jean-Marc Ayrault (PS), préconisait de travailler sur des aspects tels que l’éducation, les conditions de vie sociales mais aussi sur l’économique dans la lutte contre le radicalisme : « Nous sommes aujourd’hui face à un phénomène de fond auquel les dispositifs en place ne répondent qu’imparfaitement car ils ne prennent en compte qu’une partie de la réponse, uniquement sous l’angle de la répression […] Il y a donc urgence à agir », déclarait-il, et d’ajouter à propos de l’action sécuritaire de l’époque, marquée quelques mois plus tôt par « l’affaire Merah », que « les ministères sécuritaires ne peuvent, à eux seuls, y répondre ».
C’est pourquoi il propose d’« adopter une démarche non stigmatisante qui s’attaque davantage aux causes de la radicalisation (agir sur les vulnérabilités et réduire les influences) qu’à ses manifestations » et d’«associer les acteurs sécuritaires et non sécuritaires». Une démarche préconisée par l’Algérie qui a toujours privilégié l’action préventive et la dimension sociale dans la lutte contre la radicalisation. Les deux pays entretiennent déjà une longue coopération sécuritaire, doublée d’une assistance en matière de renseignement et surtout de formation des « porteurs » du discours religieux à l’égard des jeunes, pour lesquels plusieurs échanges ont eu lieu dans le domaine des affaires religieuses et du culte musulman.