Par Feriel Nourine
Quelle sera la réaction de l’Algérie après la nouvelle tentative opérée par la France pour remettre de l’ordre dans les relations entre les deux pays et sortir de la crise dans laquelle les ont plongées les déclarations faites par Emmanuel Macron, fin septembre dernier, et relayées par Le Monde le 2 octobre ?
Nouvelle tentative menée par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui est, cette fois, passé par un entretien accordé au même quotidien français pour émettre le souhait de son pays de tisser une relation «confiante» et un «partenariat ambitieux» avec l’Algérie, au-delà des «blessures» mémorielles qui peuvent «parfois» resurgir.
«Nous avons des liens ancrés dans l’histoire. Nous souhaitons que le partenariat franco-algérien soit ambitieux», a déclaré Le Drian dans l’entretien mis en ligne vendredi, transportant d’ores et déjà les relations algéro-françaises dans une étape post-crise, notamment sur le registre du partenariat. Reste à savoir jusqu’où compte aller réellement dans ce projet de partenariat les autorités françaises qui ont décidé de réduire de moitié le nombre de visas accordés aux Algériens ? C’est la deuxième sortie en relation avec l’Algérie que fait le chef de la diplomatie française après celle de mardi dernier, à l’Assemblée nationale française. Le Drian avait alors fait savoir aux députés de son pays que «des efforts» ont été «engagés» afin de «rétablir les conditions d’une relation apaisée avec l’Algérie». Et c’est dans le même esprit de souhait d’apaisement qu’il s’est exprimé sur les colonnes du journal le Monde pour mettre en évidence, une nouvelle fois, le poids de l’histoire sur les relations entre l’Algérie et la France. «Il est logique, quand on connaît notre histoire, qu’il y ait parfois des résurgences de blessures, mais il faut dépasser cela pour retrouver une relation confiante», a-t-il insisté à ce propos.
Et d’ajouter qu’«il y a parfois des malentendus, mais cela n’enlève rien à l’importance que nous attachons aux relations entre nos deux pays». Le diplomate poursuit sa promotion pour le dénouement de la crise en appelant à la préservation de «ce lien fait de respect des souverainetés et d’une volonté commune de dépasser les contentieux pour retrouver une relation apaisée».
C’est la seconde fois en moins d’une semaine que le ministre français des Affaires étrangères s’exprime sur le souhait de son pays d’aller vers le dénouement de la crise provoquée avec l’Algérie par son président. Mais ces deux dernières interventions semblent bel et bien relever d’une montée en cadence diplomatique d’un projet d’apaisement que Le Drian avait amorcé dès le lendemain des propos provocants tenus par Emmanuel Macron à l’égard de l’Algérie. Le Président français s’était alors distingué par un envolée diplomatique hasardeuse n’ayant d’égal que le manque de confiance dont peut pâtir un président de la République prétendant à un second mandat. Ce dernier s’était, faut-il le rappeler une nouvelle fois, permis une offense à l’égard des Algériens, notamment à travers la nation algérienne, provoquant l’ire nationale, mais aussi le rappel de l’ambassadeur d’Algérie en France et l’interdiction aux avions militaires français de survoler l’espace aérien de notre pays.
Depuis cette provocation gratuite, Macron s’est, lui aussi, déployé au profit de l’apaisement en réitérant les appels dans cette perspective, alors que Abdelmadjid Tebboune a, de son côté, manifesté clairement son refus de faire le premier pas pour le dégel de la crise entre les deux pays. Le président de la République l’a fait savoir dans une interview accordée à l’hebdomadaire allemand Der Speigel, le 5 novembre en cours.
«Je ne serai pas celui qui fera le premier pas», a-t-il prévenu en réponse à une question sur une possible normalisation des relations algéro-françaises. Tebboune n’hésitera pas non plus à dénoncer explicitement la provocation de Macron, l’accusant d’avoir été le déclencheur de la rupture qui est en train de s’installer dans ces mêmes relations. «Je n’ai pas de regrets. Macron a rouvert un vieux conflit de manière totalement inutile», a déclaré le chef de l’Etat au plus influent et plus lu des magazines allemands. Par conséquent, «je ne serai pas celui qui fera le premier pas, sinon je vais perdre tous les Algériens. Il ne s’agit pas de moi, mais d’un problème national», a-t-il expliqué.
Message reçu par le chef de l’Etat français qui reviendra à la charge durant la semaine qui a suivi cette interview. Macron saisira l’opportunité de la conférence sur la Libye pour inviter son homologue algérien à y prendre part, en prenant le soin de «regretter les polémiques et les malentendus» avec l’Algérie, et d’assurer avoir «le plus grand respect pour la nation algérienne» et «son histoire», a fait savoir l’Elysée.
Tabboune décline l’invitation, mais la présence de l’Algérie sera cependant confirmée à travers la présence dans la capitale française du ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra.
Avant de partir à Paris, ce dernier répondra à l’invitation de Macron en jugeant que «les conditions ne sont pas réunies pour participer personnellement à cette conférence, en dépit de son attachement (Président) au rôle actif de l’Algérie aux côtés des frères libyens ainsi qu’au règlement pacifique et démocratique souhaité de la question libyenne».
Le chef de la Diplomatie ne manquera pas, toutefois, de se féliciter des déclarations de la présidence française «manifestant du respect». Qu’en sera-t-il après le nouveau message lancé par Le Drian à travers Le Monde ? n