Dans le prolongement de la Déclaration d’Alger pour un «Partenariat renouvelé entre l’Algérie et la France», signé le 27 août dernier à l’occasion de la visite du président français Emmanuel Macron à Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a reçu mercredi cinq historiens qui feront partie de la commission mixte algéro-française chargée d’étudier les archives de la période coloniale et de la guerre d’Algérie.

PAR NAZIM BRAHIMI
Les cinq historiens que sont Mohamed El Korso, Idir Hachi, Abdelaziz Fillali, Mohamed Lahcen Zeghidi et Djamel Yahiaoui ont été reçus par le chef de l’Etat en présence du directeur de cabinet à la Présidence, Abdelaziz Khellaf et du conseiller du chef de l’Etat chargé des archives et de la Mémoire nationale, Abdelmadjid Chikhi. Cette étape marque ainsi le début de l’application, côté algérien, de ce qui a été convenu par les deux parties il y a trois mois.
Dans le chapitre «Histoire et mémoire» de la Déclaration d’Alger, il a été décidé que «les deux parties entreprennent d’assurer une prise en charge intelligente et courageuse des problématiques liées à la mémoire dans l’objectif d’appréhender l’avenir commun avec sérénité et de répondre aux aspirations légitimes des jeunesses des deux pays».
Les deux parties ont convenu à cette occasion d’établir «une commission conjointe d’historiens algériens et français chargée de travailler sur l’ensemble de leurs archives de la période coloniale et de la guerre d’indépendance», précisant que «ce travail scientifique a vocation d’aborder toutes les questions, y compris celles concernant l’ouverture et la restitution des archives, des biens et des restes mortuaires des résistants algériens, ainsi que celles des essais nucléaires et des disparus, dans le respect de toutes les mémoires. Ses travaux feront l’objet d’évaluations régulières sur une base semestrielle».
Aussi, les deux parties ont convenu «de créer, en Algérie et en France, des lieux qui seront à la fois un espace muséal ainsi qu’un lieu de création, de dialogue et d’échange des jeunesses algérienne et française. Ces lieux accueilleront des chercheurs, des artistes, et des jeunes de l’Algérie et de la France qui mèneront des projets en commun», ajoutant que «le travail sera renforcé sur l’entretien des cimetières européens et la valorisation de leur patrimoine funéraire exceptionnel».
En plus du contenu de la Déclaration d’Alger, le président français a plaidé à l’occasion de la même visite à l’ouverture des archives. «Ouvrons nos archives et permettons de regarder l’ensemble de cette période historique qui est déterminante pour nous, du début de la colonisation à la guerre de libération, sans tabou avec une volonté de travail libre, historique et un accès complet à nos archives de part et d’autre.», a-t-il appelé. Pourtant, la question de la mémoire a souvent constitué un sujet de malentendu entre les deux pays tout comme l’écriture de l’histoire.
Le président Tebboune a considéré, lors d’une de ses rencontres périodiques avec des représentants de médias nationaux, que «l’Histoire n’est pas dictée par les convenances, ni par les conjonctures, laissons son écriture aux historiens».
A l’occasion du 60e anniversaire de l’Indépendance, le 5 juillet dernier, le président Tebboune avait reçu Benjamin Stora en sa qualité de représentant du président français Emmanuel Macron, qui l’avait chargé de préparer un rapport sur l’histoire de la colonisation française en Algérie. «C’est la première fois qu’il y avait une discussion au fond» côté algérien sur ces questions mémorielles depuis la publication du rapport, avait souligné Benjamin Stora. Le rapport de Benjamin Stora sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie a été remis en janvier 2021 à Emmanuel Macron. C’est sur ce rapport qu’Emmanuel Macron construit sa politique mémorielle. «Je pense qu’il y a une volonté de relancer, je ne sais pas si c’est le mot, mais de poursuivre un dialogue», a estimé Benjamin Stora, en notant un «changement de ton» entre Paris et Alger.
Le président Tebboune lui a expliqué «l’importance majeure d’un travail de mémoire sur toute la période de la colonisation», au-delà de la seule guerre d’Algérie (1954-1962), un avis partagé par l’historien. n