Les essais nucléaires français en Algérie durant la guerre de libération sont à nouveau au cœur du contentieux mémoriel entre les deux pays. Le dossier revient à l’occasion du 19 Mars, date anniversaire du cessez-le-feu. Mais c’est aussi l’occasion de rappeler que la question mémorielle est plus que jamais à l’ordre du jour du bilatéral algéro-français avec cette insistance particulière sur la question du nucléaire, de l’indemnisation et des disparus.

PAR NAZIM BRAHIMI
Dans son discours à l’occasion de cette célébration, le président Tebboune a réclamé toute la lumière sur les disparus pendant la guerre d’indépendance (1954-1962) et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans les années 1960.
«L’effort se poursuit pour mettre toute la lumière sur le sort des disparus durant notre guerre de libération et pour l’indemnisation des victimes des essais nucléaires», a souligné M. Tebboune, ajoutant que «ces évènements ne s’effacent pas de l’histoire des nations par prescription».
Dans sa quête de «réconciliation des mémoires», le Président français a engagé, depuis plusieurs mois, une série d’actes et de gestes entamés en juillet 2020 avec la restitution aux autorités algériennes de 24 crânes de combattants nationalistes tués au début de la colonisation au XIXe siècle, qui étaient entreposés à Paris.
Tout récemment, Emmanuel Macron a reconnu «au nom de la France», que l’avocat et dirigeant nationaliste Ali Boumendjel avait été «torturé et assassiné» par l’armée française pendant la Bataille d’Alger en 1957, mettant ainsi fin à la thèse du suicide.
S’en suit la décision du chef de l’Etat français portant sur la facilitation de l’accès aux archives classifiées de plus de 50 ans, notamment celles sur la guerre d’Algérie, sans la moindre réciprocité jusqu’à présent côté algérien.
Des gestes que M. Tebboune a évoqués dans son message saluant «les pas importants franchis et des signes positifs, à la faveur notamment de la récupération des Archives et des crânes, symboles de la Résistance populaire».
Il a mis, à cette occasion symbolique, «l’attachement» de l’Algérie à la préservation de l’histoire du pays et de sa mémoire, qui «demeurera au cœur des priorités», a-t-il promis, tout en soulignant «la responsabilité de l’Etat dans la prise en charge de ce dossier, avec tout le sérieux et l’assiduité qui s’imposent».
A noter que les gestes d’Emmanuel Macron interviennent suite aux recommandations de l’historien Benjamin Stora dans un rapport qu’il a remis en janvier au président français dans le but de «réconcilier les mémoires» et de «regarder l’Histoire en face».
Pour sa part, le Directeur général des Archives nationales algériennes Abdelmadjid Chikhi a appelé les chercheurs et les historiens à «s’éloigner de l’Ecole française dans la recherche historique en adoptant une véritable approche d’analyse permettant de lever le voile sur toutes les vérités». Tebboune et Macron ont annoncé, à plusieurs reprises, qu’ils sont animés d’une volonté pour travailler ensemble sur la question mémorielle. Parmi les dossiers que les autorités algériennes veulent remettre sur la table figurent la question «des disparus» pendant la guerre d’indépendance (plus de 2 200) et celle des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. Il y a lieu de noter que 32 dossiers algériens de reconnaissance et d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara ont été rejetés en décembre 2012 par la commission ad-hoc mise sur pied à la faveur de la loi Morin, car jugés incompatibles avec cette dernière au motif que «les pathologies déclarées ne rentrent pas dans le cadre de la loi». A la veille de la «célébration» le 13 février dernier de l’explosion de la première bombe atomique à Reggane, la revue El Djeich de l’Armée nationale populaire (ANP), par la voix du général Bouzid Boufrioua, chef de service du génie de combat du Commandement des forces terrestres (CFT), avait souligné que «la France doit assumer ses responsabilités historiques, surtout après que 122 états de l’Assemblée générale de l’ONU ont ratifié, le 7 juillet 2017, un nouveau traité sur l’interdiction des armes nucléaires «TIAN», qui vient s’ajouter aux traités antérieurs». Le responsable militaire avait noté que «le principe du «pollueur-payeur y a été d’ailleurs introduit et reconnu officiellement». M. Boufrioua avait désigné la responsabilité de la France coloniale «en laissant derrière elle ses déchets, sans donner aucune information sur les risques sanitaires encourus».
Début mars, le président Tebboune a affirmé que les relations algéro-françaises sont «bonnes». Considérant que la relation avec son homologue Emmanuel Macron est «cordiale», M. Tebboune n’a pas manqué de pointer du doigt ces «puissants lobbies français», qui œuvrent à saborder la qualité de ces liens.
«Les bonnes relations de l’Algérie ne sauraient être au détriment de l’Histoire ou de la mémoire. Nous ne renoncerons jamais à notre mémoire qui ne peut faire l’objet de marchandage mais les choses doivent se régler intelligemment et sereinement», a-t-il souligné, ajoutant que l’Algérie «avance résolument dans le cadre des bonnes relations avec la France car cette voie est toujours bénéfique».