La crise diplomatique entre Alger et Paris se poursuit à travers des déclarations et contre-déclarations des responsables des deux pays.

PAR NAZIM BRAHIMI
24 heures seulement après les mots du président Tebboune, que d’aucuns considèrent comme «durs», dans lesquels il a indiqué notamment que «l’Etat algérien doit être respecté» par la France officielle pour ouvrir la possibilité du retour de l’ambassadeur d’Algérie à Paris, les autorités françaises ont répondu par la voix de chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian. Le numéro 1 au Quai d’Orsay a ainsi fait part de son «respect fondamental de la souveraineté algérienne», ce thème mis en avant par les autorités algériennes depuis les déclarations «inadmissibles» de Macron.
«A la suite des propos non démentis, que plusieurs sources françaises ont attribués nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos», avait réagi El Mouradia aux propos du Président français. Les relations diplomatiques entre Alger et Paris venaient alors d’atteindre un point très critique, né suite au dérapage de Macron que Le Drian tente désormais de corriger et d’atténuer.
«Récemment le Président de la République (Emmanuel Macron) a rappelé son profond respect pour le peuple algérien», a affirmé, hier, Le Drian devant les membres de l’Assemblée nationale, relevant que «cela signifie aussi bien sûr le respect fondamental de la souveraineté algérienne». Le diplomate français a ajouté, par la même occasion, que «c’est aux Algériens et à eux seuls de décider de leurs destins et de définir les contours de leurs choix et de leur débat politique».
On l’aura donc bien compris, le discours que tient Le Drian n’est pas celui de Macron, qui a accusé, début octobre, que «le système politico-militaire algérien d’entretenir une rente mémorielle sur le conflit en servant à son peuple une histoire officielle qui ne s’appuie pas sur des vérités». Dimanche, le président Tebboune n’est pas allé par quatre chemins pour signifier que «la France doit oublier que l’Algérie était une colonie», indiquant, en ce qui concerne la question mémorielle, objet de malentendu algéro-français, que «l’Histoire ne peut être falsifiée» et que «les relations avec la France relèvent de la responsabilité du peuple et de l’Histoire».
En ce qui concerne la décision d’Alger de rappeler son ambassadeur à Paris, Mohamed Antar-Daoud, le diplomate français a fait part de son «regret», considérant que «cela ne correspond pas à l’importance que nous attachons à la relation entre nos deux nations». Le Drain s’est dit, à ce propos, «convaincu» de l’intérêt des deux pays à travailler ensemble, ajoutant que «cette vision (…) est, je crois, partagée par beaucoup de responsables algériens à tous les niveaux».
La parole très diplomatique de Le Drian est-elle de nature à amorcer un apaisement dans les relations algéro-françaises très tendues ces dernières semaines ? Pas si facile de croire à une telle évolution, si l’on se réfère à la teneur du communiqué d’El Mouradia au lendemain des déclarations de Macron. «Cette malencontreuse intervention, qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris que l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité», avait indiqué la Présidence.