Entre l’Algérie et la France, «l’heure est à l’apaisement sur la colonisation», a estimé, hier à Alger, l’ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin, dans une conférence intitulée «Réconcilier les silences : donner sa parole pour la paix», qu’il a animée à l’Ecole supérieure algérienne des affaires, et à travers laquelle il interpelle la mémoire à rompre avec «les silences» et à reconnaître «les crimes commis».

À ce propos, M. De Villepin cite, en guise d’exemple à suivre, la résolution du président français Emmanuel Macron à réaliser de «vraies avancées», rejoignant le candidat qui, en février 2017, avait osé des «mots très forts pour qualifier l’histoire de la colonisation». Il cite également le devancier de Macron, François Hollande,  qui, dit-il, avait «offert  une reconnaissance publique nécessaire aux victimes du 17 octobre 1961, tout autant qu’à celles de Sétif en août 1945».
«Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de bavardages ou de mots creux sur la mémoire coloniale,  nous avons besoin de paroles claires et fortes, qui aient un sens plus de cinquante ans après le face-à-face», a estimé l’ex-chef du gouvernement français. Avant d’insister sur une «réconciliation des peuples» qui devrait passer, «elle aussi, par un dialogue sincère, sans nostalgie amère ou équivoque, avec cette terre où sont nés tant d’hommes et de femmes aux histoires différentes. Le temps est peut-être venu d’œuvrer à la réconciliation des Algériens, des harkis et des pieds-noirs par des gestes ambitieux», rappelant qu’«Emmanuel Macron l’a dit lors de son passage à Alger : ce sont tant de natifs d’avant 1962 qui continuent d’aimer l’Algérie et souhaiteraient s’y rendre, peut-être une dernière fois, avant que leur génération ne s’efface à jamais». Dans ce sens, «un geste de l’Algérie sur la levée d’obligation de visas pour ces personnes n’en aurait que plus de poids», estime M. Villepin, de retour en Algérie 16 ans après sa visite effectuée en tant que ministre des Affaires étrangères.

«L’Algérie, une puissance stabilisatrice»
Sur la question du terrorisme, Dominique de Villepin a mis l’accent sur les défis qui engagent «la responsabilité commune» des deux pays dans la lutte contre ce fléau, mettant en évidence le statut de l’Algérie, à savoir celui de «partenaire essentiel» et de «puissance stabilisatrice» qui a joué ce rôle «en Afrique, particulièrement au Mali, via son implication dans la signature des Accords d’Alger», rappelle-t-il, non sans solliciter davantage de cette «puissance stabilisatrice» qu’il appelle à faire entendre sa «voix singulière du refus de la guerre et du refus de l’ingérence», sur la scène politique mondiale, pour le règlement des conflits qui caractérisent cette région.
«On a besoin d’entendre l’Algérie sur la Libye, sur le Yémen mais aussi sur la question syrienne. Aujourd’hui et demain, son expérience pourrait être primordiale, elle, qui a su surmonter les épreuves d’une nation et d’un tissu social déchirés par la guerre civile», insiste-t-il.
M. de Villepin ne manquera pas l’occasion de s’attarder sur la région Maghreb, pour appeler à la «relance de l’Union pour le Maghreb arabe» en souhaitant une «réconciliation entre l’Algérie et le Maroc», qu’ils considère comme étant «le noyau naturel et le moteur indispensable» d’une UMA pouvant «constituer un axe central, alors que le manque à gagner pour les pays du Maghreb du fait de l’absence d’union économique est estimé à au moins deux milliards de dollars par an pour la région. L’Algérie et le Maroc en sont le noyau naturel et le moteur indispensable».

Pour une union économique arabe
En plus de l’Unité maghrébine, Dominique de Villepin plaide pour un Monde arabe réunifié qui passerait, lui aussi, par une coopération économique basée sur des «intérêts partagés», pouvant donc constituer «l’un des meilleurs remparts face à la guerre», estime-t-il. Dans cette logique, il préconise le développement du commerce par l’abaissement de barrières douanières, qui sont parmi les plus élevées du monde, un investissement stimulé par les bénéfices engendrés et une mutualisation des approvisionnements et des coûts de développement. Une union économique arabe serait également «source de rééquilibrage avec les autres ensembles économiques mondiaux», ajoute le conférencier et, dans ce sens, il n’hésite pas à défendre l’idée de créer une CECA du pétrole et du gaz, «réunissant notamment l’Iran et l’Arabie saoudite autour d’intérêts économiques communs». Il rappellera que «l’Union européenne, projet utopique s’il en est, fut précisément fondée à partir de ce modèle promu par la Communauté économique du charbon et de l’acier».