Par Lyes Sakhi
Dans un entretien avec l’agence de presse APS, le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit a semblé tenir un discours d’apaisement sur la question mémorielle en comparaison de la tension qu’elle a connu durant ces derniers mois, notamment en ce qui concerne le contentieux qui oppose Alger à Paris sur les dossiers des archives et des essais nucléaires.
A bien lire cette interview du ministre des Moujahidine, l’impression que les mots qu’il utilise est celle d’une désescalade verbale dont le marqueur très peu diplomatique et inamical a été la déclaration hors cadre et de propos du ministre du Travail, Hachemi Djaâboub, au début du mois d’avril dernier au Sénat. La tonalité calme utilisée par M. Zitouni parait également être davantage en adéquation avec la parole du président de la République qui, à chaque abord du dossier mémoriel, a toujours pris bonne note des avancées qu’il a connues, sans renoncer au rappel de la forte demande algérienne d’un accès rapide aux archives ou aux documents sur les sites des essais atomiques de l’armée française au tout début des années 1960.
Selon M. Zitouni, le bilatéral algéro-français en ce qui concerne le dossier mémoriel a connu «un progrès remarquable» dans un cadre «de sérieux et de pondération loin des reliquats du colonialisme». Il a cependant fait observer que le dossier des archives et des disparus «n’a pas connu d’évolution». Le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droits, qui n’a rien dit de l’activité du conseiller du chef de l’Etat, M. Chikhi et du rapport qu’il est censé de remettre en guise de position officielle algérienne après la publication, côté français, du rapport Stora sur la «colonisation et la guerre d’Algérie», a rappelé que les services de son secteur, en coordination avec départements concernés, ont procédé au recensement de plus de 2.000 martyrs disparus, dont le lieu de leur enterrement n’est pas connu.
Pour ce qui concerne le dossier des essais nucléaires, Tayeb Zitouni a affirmé que «c’est le plus sensible de ceux de la mémoire qui font l’objet de consultations au sein des commissions compétentes, ce qui nécessite des mesures pratiques urgentes et un règlement et un débat autour de ce dossier en toute objectivité». Il a indiqué que la partie française «refuse de remettre les cartes topographiques qui permettent de déterminer les lieux d’enfouissement des déchets polluants, radioactifs ou chimiques non-découverts à ce jour». «La partie française n’a mené techniquement aucune initiative, en vue de dépolluer les sites et la France n’a fait aucun acte humanitaire en vue de dédommager les victimes», a-t-il souligné, laissant entendre que les autorités algériennes ne renonceraient pas à la demande d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, en débit des conditions «rédhibitoires» prévues dans la loi Morin du 5 juillet 2010.
A noter l’inscription nouvelle du ministre de la «question des déportés de la Calédonie et de la Guyane et des autres colonies françaises». Sa précision également que les dossiers liés à la mémoire étaient toujours «au cœur des pourparlers entre l’Algérie et la France dans le cadre du Comité intergouvernemental de haut niveau algéro-français (CIHN)». n