Par Feriel Nourine
Le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a eu un bref échange avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian, mardi à Kigali, en marge de la réunion de pays membres de l’Union européenne et de l’Union africaine.
L’information est rapportée par l’AFP, qui cite le chef de la diplomatie française. «Je l’ai croisé, nous avons eu un échange de courtoisie», a déclaré ce dernier à l’agence française. Reste à savoir quel sens donner au mot «courtoisie» dans cette conjoncture marquée par un froid diplomatique dans les relations entre l’Algérie et la France. Une situation provoquée par les récentes déclarations hostiles du président français Emmanuel Macron contre l’Algérie, suscitant l’indignation au sein des autorités du pays, d’institutions politiques ou encore d’organisations et d’associations de la société civile.
L’Algérie n’a d’ailleurs pas tardé à prendre des décisions face à la sortie hasardeuse du Président français en rappelant son ambassadeur à Paris et en interdisant le survol de son territoire aux avions militaires français. Quelques jours plus tard, c’est le même ministre français des Affaires étrangères qui tentera de faire jouer la carte de l’apaisement. Interrogé à l’Assemblée nationale française, il a dit regretter le rappel de l’ambassadeur d’Algérie dans son pays. «Nous le regrettons, parce que cela ne correspond pas à l’importance que nous attachons aux relations entre nos deux nations. Ces relations sont anciennes, profondes… Elles sont marquées par des liens humains uniques… La France y est profondément attachée et souhaite les préserver et les développer», dans une tentative de corriger ce qu’a déclaré Macron.
De son côté, Ramtane Lamamra a dénoncé une «faillite mémorielle» du Président français et appelé certains dirigeants étrangers à «décoloniser leur propre histoire».
Concernant le bref échange qu’ont eu les deux chefs de la diplomatie à Kigali, l’AFP indique qu’il a notamment porté sur le processus de transition en Libye qui fera l’objet d’une conférence internationale le 12 novembre à Paris. Les deux responsables s’étaient déjà rencontrés en marge de l’Assemblée générale des Nations unies ; en septembre ; à New York et étaient tous deux présents à Tripoli le 21 octobre pour la «Conférence de soutien à la stabilité de la Libye». Se retrouveront-ils à nouveau dans la capitale française ? Une autre question qui se pose, d’autant que l’Algérie est en train de multiplier, ces derniers jours, les opérations de distanciation à l’égard de la France. Mais l’importance dont jouit le dossier libyen dans la démarche diplomatique de notre pays, en sa qualité d’acteur incontournable dans le projet de règlement de la crise dans ce pays voisin, devrait jouer en faveur de la présence à Paris de M. Lamamara et son équipe.
Ceci d’autant que la conférence qui s’y tiendra le 12 novembre doit réunir les pays voisins de ce pays pour donner une ultime impulsion pour l’organisation d’élections générales le 24 décembre en Libye et endosser un plan de départ des forces et mercenaires étrangers de ce pays. Le rendez-vous diplomatique parisien suivra la réunion des pays du voisinage de la Libye qui s’est tenue à Alger fin août dernier pour discuter des moyens de surmonter les obstacles à la tenue des élections de décembre prochain, en réunissant les conditions générales de la réussite de ce rendez-vous électoral dans un cadre consensuel. n