Ces dix derniers jours ont été marqués par une succession de sanctions contre les hauts cadres de la société nationale de transport maritime l’ENTMV-Algérie Ferries, enchaînant limogeages, ouvertures d’enquêtes, mises sous mandats de dépôt et contrôles judiciaires.

Par Sihem Bounabi
La célérité des décisions suite aux nombreux scandales qui ont secoué ces dernières semaines Algérie Ferries donne le ton de l’intransigeance et la fin du laxisme prise au plus haut niveau de l’Etat afin d’ancrer sur le terrain l’importance d’une gestion rigoureuse des entreprises publique. Surtout dans des secteurs aussi sensibles que les transports aérien et maritime en cette période estivale, dont les nombreuses polémiques récentes ont terni l’image de l’Algérie.
En effet, le 10 juin courant, soit vendredi dernier, le juge d’instruction près le pôle économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed a ordonné la mise en détention provisoire du PDG de l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs (ENTMV), Kamel Issad, du directeur marketing, logistique et chef d’escale et du directeur commercial. Tandis que le directeur général adjoint et le chef du service informatique chargé des réservations ont été placés sous contrôle judiciaire
Les mis en cause sont poursuivis pour « dilapidation » et « utilisation illégale de biens et d’argent publics », « trafic d’influence, mauvaise utilisation de la fonction, octroi d’indus avantages enrichissement illicite et non-déclaration de patrimoine ».
Un communiqué du ministère de la justice précise que les intéressés ont été entendus dans le cadre de l’enquête préliminaire dans l’affaire du retour du navire algérien « Badji Mokhtar 3 » de Marseille, «avec seulement 72 passagers à son bord et 25 voitures, alors qu’il peut accueillir 1.800 passagers et 600 voitures ».
Pour rappel, le scandale d’Algérie ferries avait commencé dès le 23 mai dernier, avec le lancement de la vente des billets du programme d’été. En France, des scènes de pagaille au niveau des agences commerciales d’Algérie prises d’assaut avec des images désolantes de la gestion des réservations et des Algériens gazés par la police française pour atteinte à l’ordre public ont choqués l’opinion publique et des députés de l’émigration ont lancé des appels au chef de l’Etat pour sanctionner les responsables et assainir la situation.
La direction d’Algérie Ferries avait justifié le bug de la plateforme numérique du fait d’une forte affluence sur le site internet pour l’acquisition des billets de la traversée ce qui a obligé les Algériens impatients de retrouver leur proches après deux années de suspension des traversées à cause de la pandémie de la covid.
De nombreux témoignages relayés vidéo à l’appui sur les réseaux sociaux ont montré de nombreuses incivilités constatées à l’intérieur des navires aggravant la mauvaise image de la compagnie maritime nationale.
Mais la goutte qui a fait déborder le vase et qui a dévoilé l’étendue du cafouillage dans la gestion des traversées maritimes est les nombreux témoignages de navire quasiment vide au moment où la demande pour acquérir le précieux sésame de la traversée était exponentielle surtout durant cette saison estivale.
Le cumul des scandales a ainsi inévitablement mené au limogeage le 2 juin dernier par le ministre des Transports, sur instruction du chef de l’État, du PDG de l’Entreprise nationale de transport maritime de voyageurs (ENTMV), Kamel Issad et de son chef d’escale à Alger. Selon le communiqué de la présidence de la République, le limogeage de ces deux responsables d’Algérie Ferries est intervenu pour cause de « leur attitude attentatoire à l’image de l’Algérie et préjudiciable aux intérêts des citoyens ».