La visite à Alger du secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires du Proche-Orient, Joey Hood, les 25 et 26 juillet 2021, peut être considérée comme un indicateur de la reprise des contacts politiques et diplomatiques entre l’Algérie et les Etats-Unis. C’est aussi un signe remarqué que l’administration du président Joe Biden à la Maison-Blanche entend relancer les canaux de discussion et de coopération avec les autorités algériennes.

Par Lyes Sakhi
Entre l’Algérie et les Etats-Unis, les contacts se sont attiédis et sont restés empreints de la décision de l’ancienne administration Trump de reconnaitre la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental, au détriment du droit international et des résolutions des Nations unies qui cherchent depuis des décennies à trouver – sans succès – une solution pacifique au dossier.
Cette tiédeur n’a pas disparu après l’élection du président Joe Biden. Elle s’est poursuivi avec sa nouvelle administration, qui s’est montrée jusqu’à il y a peu de temps plus préoccupée par la relation de son pays avec la Chine et la Russie, par le dossier du nucléaire iranien ainsi que par la question de la présence américaine en Irak et le retrait des troupes d’Afghanistan.
Position actualisée sur le Sahara occidental
En ce qui concerne l’Afrique du Nord, le ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis, Anthony Blinken pendant ce temps, s’est d’ailleurs davantage mobilisé durant ces derniers mois pour le dossier libyen que par celui du Sahara occidental, qui semble maintenant reprendre sa place dans l’agenda du Département d’Etat. Son adjoint pour la région, Joey Hood, l’a confirmé en tenant à Alger un discours dont la tonalité rappelle celle de la diplomatie américaine d’avant l’administration Trump.
Washington soutient la diplomatie des Nations unies pour le règlement du conflit, a-t-il dit. La Maison-Blanche appelle à la désignation rapide d’un nouvel émissaire onusien, a-t-il ajouté. «Nous voulons voir un processus dirigé par l’ONU qui aboutit à un accord acceptable par toutes les parties et qui mène à la paix et à la stabilité, c’est ce qu’il y a de mieux pour la région et c’est (l’approche) à laquelle nous allons consacrer notre temps, notre énergie et nos efforts», a-t-il poursuivi, en parlant de «position claire». Selon les propos de M. Hood, la diplomatie américaine semble changer d’orientation au sujet du conflit du Sahara occidental et parait privilégier à nouveau le recours à la diplomatie multilatérale et à l’arbitrage du Conseil de sécurité.
La position actualisée des Etats-Unis sur le conflit est de pousser à la désignation d’un nouveau «Monsieur Sahara Occidental», un émissaire qui sera chargé de reprendre le dossier là où il a été abandonné, voire remis en cause par l’administration Trump. Ce changement a déjà été annoncé en mars dernier lorsque le numéro 1 du Département d’Etat, Anthony Blinken avait exhorté le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à accélérer la nomination d’un envoyé personnel au Sahara occidental. Mais pour quelle issue ? La réponse est que cela signifierait avant tout un retour au statuquo et aux batailles diplomatiques au Conseil de sécurité entre partisans de l’autodétermination et de l’autonomie des Sahraouis sous souveraineté de Rabat. Autant dire, à un scénario qui, s’il devrait donner raison aux indépendantistes sahraouis qui verraient dans l’appel américain à un retour aux négociations sous l’égide onusienne une nouvelle reconnaissance de leur cause, les inciterait tout autant à s’inquiéter du temps que prendront de nouvelles négociations toujours plus complexes, parce que sans cesse soumises à des enjeux régionaux et internationaux.

Dossier libyen : «objectifs communs»
Une nuance qu’on ne retrouve pas dans la déclaration plus engageante de Joey Hood sur la Libye. Pour le secrétaire d’Etat adjoint au Département d’Etat US, le chef de la Maison Blanche Joe Biden est «très sérieux» au sujet de travailler avec l’Algérie sur des «objectifs communs», dossier libyen en tête, a-t-il dit. «Les deux pays cherchent le départ des forces étrangères et le retour de la souveraineté au peuple libyen afin que (les libyens) puissent déterminer leur propre avenir», a-t-il ajouté, estimant que «l’Algérie a la même perspective que le gouvernement américain concernant la situation» dans le pays voisin. «Nous sommes donc déterminés à travailler ensemble sur cet objectif commun qui consiste à discuter avec nos alliés et nos partenaires de la manière exacte dont nous pouvons promouvoir les conditions nécessaires au retrait des forces étrangères le plus rapidement possible et à la tenue d’élections générales le 24 décembre afin que la souveraineté puisse être rendue au peuple libyen le plus rapidement possible», a précisé Joey Hood.
Le sous-secrétaire d’Etat a indiqué que les Etats-Unis discutait de ce dossier avec plusieurs de ses alliés à l’instar de la Turquie et des pays européens ainsi qu’avec la Russie, et spécialement les Libyens affirmant que «le retrait de toutes les forces étrangères et la cessation de toutes les interventions militaires étrangères» est «une priorité absolue» pour l’administration américaine. «C’est au gouvernement qui sera élu en décembre de décider de son propre chef des relations qu’il veut entretenir avec d’autres pays sans ce type de pression représentée par des forces militaires sur son propre territoire», a-t-il fait savoir. «L’Algérie à travers son compétent ministre des Affaires étrangères, M. Ramtane Lamamra a une voix très importante sur cette question et qu’elle sera écoutée dans la région et au-delà», assurant que les Etats-Unis «attendaient avec intérêt (de travailler) avec le gouvernement algérien sur ce sujet important», a-t-il encore souligné
Quid du bilatéral algéro-américain ? Outre ses discussions avec le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra, Joey Hood a été reçu à Alger par le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane. Il a également rencontré les ministres du commerce et de la culture pour des discussions qu’il a qualifiées de «très productives». On retiendra que c’est avec le secteur de la culture qu’est lancé concrètement un projet de coopération dans le domaine de la restauration du patrimoine antique. C’est au moins un indicateur que la relation entre les deux pays se réchauffe, mais pas au point de l’enthousiasme si ce n’est celui de la voir repartir sur des bases qu’on lui connaissait avant décembre 2020 et la reconnaissance par l’ex-président républicain Donald Trump de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en contre partie de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël dans le cadre de qui a été appelé les «accords d’Abraham». <