La visite hier du chef de la diplomatie américaine à Alger s’est inscrite sous le signe du renforcement des échanges économiques entre Alger et Washington. En effet, à son arrivée, Antony Blinken a annoncé l’intention des Etats-Unis de hisser le montant de leurs investissements en Algérie à hauteur de 6,1 milliards de dollars. Un chiffre prometteur et un indicateur des perspectives de coopération entre les deux pays. Toutefois, il reste savoir à quelle échéance et dans quel secteur l’engagement US se fera, l’énergie étant la dominante du bilatéral algéro-US.

PAR NAZIM BRAHIMI
Le Secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, est arrivé, hier, à Alger où il a été reçu d’abord, par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, puis, par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune en présence d’une importante délégation.
Le diplomate américain achève ainsi, à Alger après avoir été à Rabat, sa tournée entamée au Moyen-Orient où il a tenu notamment le «Sommet du Néguev» auquel ont pris part les ministres des Affaires étrangères d’Israël, d’Egypte, des Emirats arabes unis, de Bahreïn et du Maroc.
Sur le plan bilatéral, entre Alger et Washington, il semble bien qu’il n’y ait pas d’accrocs ni de motifs de tension. Le business, tel qu’il existe entre les deux parties, se poursuit au rythme observé depuis des années, avec une empreinte sur les secteurs de l’énergie principalement et l’annonce d’«opportunités prometteuses de renforcement», selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères à l’issue de l’entretien entre Lamamra-Blinken.
En politique, Alger et Washington développent également une relation de bonne entente, renforcée par une coopération sécuritaire vantée à chaque occasion de rencontre officielle entre les représentants des deux Etats.
En revanche, force est de constater qu’une tiédeur certaine s’est installée entre les deux capitales face aux grands dossiers régionaux .
C’est le cas de la question du Sahara Occidental qui aura vraisemblablement pris une place de choix dans les discussions qu’a eues Blinken avec ses vis-à-vis algériens. D’autant plus que la position américaine, sous l’administration du président Biden, n’a pas fondamentalement changé depuis les «accords d’Abraham» et le choix de l’ancienne administration de Donald Trump de reconnaître la «souveraineté» de Rabat sur les territoires sahraouis. Certes, le Département d’Etat parle d’encourager les Nations unies et leur envoyé spécial, Staffan De Mistura, à trouver une voie de règlement du conflit selon les résolutions du Conseil de sécurité. M. Blinken a, rappelons-le, a fait part, avant-hier lors de son escale à Rabat, de l’appui de Washington à l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, et au processus politique sous l’égide des Nations unies. Une affirmation qu’il a réitéré hier Alger.
Dans les faits, c’est l’ambiguïté qui domine. Wendy Sherman, qui s’est exprimée récemment au Maroc, a indiqué que son pays est pour la solution de «l’autonomie» du territoire pourtant éligible à la décolonisation. A Alger, elle a fait part, le 10 mars dernier, de la «convergence de vues» entre les deux pays sur la question de la stabilité régionale, notamment la menace que représente la présence des forces étrangères dans la région du Sahel. «Les Etats-Unis et l’Algérie conviennent que la stabilité régionale est la clé d’un avenir pacifique et prospère pour l’ensemble de cette région. Nos deux pays sont préoccupés par la présence déstabilisante de forces étrangères et travaillent ensemble pour contrer les groupes extrémistes violents», a-t-elle affirmé. Hier, encore, Blinken a affirmé en conférence de presse que l’Algérie est un partenaire important pour améliorer la situation sécuritaire notamment au Sahel. Il a ajouté qu’il a abordé avec le chef de l’Etat la situation en Libye et en Ukraine.
La tiédeur qui s’est installée entre Alger et Washington n’est pas étrangère non plus à la crise en Ukraine et à ses conséquences.
L’Algérie, pour rappel, s’est abstenue de voter la résolution de condamnation de la Russie, le 2 mars dernier, alors que la traditionnelle coopération militaire entre Alger et Moscou a été consolidée, il y a une semaine, à l’occasion de la réunion ordinaire du Comité intergouvernemental algéro-russe, et de l’entretien au siège de l’état-major de l’ANP entre le Général de Corps d’Armée Saïd Chanegriha, Chef d’état-major de l’ANP et le directeur du Service fédéral pour la coopération militaire et technique de la Fédération de Russie, Dimitri Chougaev. n